LIVRE PREMIER
enleva le haut shériff de Hertfordshire, qui allait tenir les assises de Saint- Albans, pour y faire déclarer traîtres à la patrie tous les généraux parlementaires. La chambre lui vota des remerciments, et le désigna pour le rang de colonel. [164S.] Avec ce titre, et par sa propre influence, il leva mille cavaliei*s et mit plus que jamais ^n usage ses principes de discipline militaire ^ et religieuse. Il accoutumait ses soldats à Tentretien le plus soigneux de leurs chevaux et de leurs armes, à l'ordre, à la vigilance, à la prière. Cette règle les rendit bientôt supérieurs au reste des troupes. Le régiment de Cromwell devint un séminaire d'où sortirent, dans la suite, presque tous les officiers de l*armée. Cromwell remplissait les places vacantes par des aventuriers robustes , qu'il dressait à la même discipline , et qui se trouvaient en peu de temps aguerris et convertis. On calculera sans peine le prodigieux crédit que devait donner à un colonel ce prosélytisme guerrier ,• et Tinfluence qu'exerçait en sa faveur cette foule d'hommes , ses soldats et ses disciples répandus dans tous les rangs de l'armée, qu'ils animaient de leur valeur et de leur fanatisme.
Il serait inutile d'indiquer la multitude de petits combats qui marquèrent les deux premières campagnes, et qui, sans cesse mêlés de négociations et d'armistices, n'étaient que Fessai de la guerre entre deux partis peu sûrs de leurs forces , et qui ne s'étaient pas rendu compte de leurs derniers projets. La majorité de la chambre des pairs, et beaucoup de membres des communes , distingués par le talent et la franchise d'une opposition légale, étaient passés du côté de Charles ; et, quoique poursuivis par les condamnations de leurs collègues, ce partage apportait dans la cause royale l'autorité du grand nom de parlement. Une autre circonstance remarquable agissait en faveur de Charles.
' Reliquiœ^ baxterianœ^ pag. 58. Elenchus motttum nuperorum^ p. 220. •— Warwick^s memoir9,p.252. 5.
L'affaiblissement de Faristocratie , ce résultat du progfrà^ et de la durée des sociétés , n'était pas sensible dans uue révûlutiou dont l'époque avait été, pour ainsi dire, bâtées pqr le fanatisme religieux. La noblesse avait encore toute sa puissance ; elle pouvait entreprendre la guerre presqi^e à forces égales. Elle eût peut-être vs^incu , si el(e n'eil^t pasi été divisée : et le secours partie} qu'elle donnait au ro suffit pour suppléer à toutes les ressources nationales envatt^es par la c^iainbre des communes , et balança longtemps^ la fortune.
Le roi parut dans ces commencements près de triompher ; ses troupes se fortifiaient. Dans une première t^taille à Edge Hill, les deux armées , après un rude cqipbat, se retirèrent sans avantage marqué ; ce qui était une vérita- Ide défaite pour le parlement, obligé de justi^er pfir de rapides succès la hardiesse de son entreprise- Ct^arles , s'avança sur Londres. Les négociations furent renouvelées* Il semt)le qu'il y avait, dans le caractère de ce pnuçe, un obstacle à }a paix comme à la victoire. Charles était brave ^ généreux ; la pureté de ses ^lo&ur$ devait rapprocher de luî> les plus rigoureux sectaires ; il montra dans tantes les. discussions une grande supériorité d'esprit. «< Son mall^eu^^ « dit WbHelocke , était d'avoir meilleure opinion^ du juicgement desi autres que du siçn, quoique le sien fût u préférable. » Dans la confusion d^s avis qu'il recevait^ et l'incertitude de sa propre .vo][onté, il ne poussa point la guerre avec vigueur, il ne se résigna point aux conditions de la paix, avec une promptitude qui pouvait tOMt iféparer. Les républicains lui ont amèrement reproché sa déférence pour la reine *, princesse d'une rare beauté, d'up esprit distingué, mais que sa religion rendait suspecte à l'Angleterre. Charles l'aimait avec une extrême tendresse j et lors-
^ Memoirs of the lïfe of colonel Hutcbinson , written by mistris» Lucy Unie ûnmon , vol. I , p. 128 and 135.