LIVRE NEUVIÈME. SS
« moyens qui peuvent en faciliter l'accomplissement : il n'en « est pas de plus sûr que la prédication de rÉyangile telle <( qu'elle se fait en Angleterre, avec sincérité et vérité, san^ «c aucun mélange de ces superstitions papistes, qui leur ont K fait haïr la religion chrétienne. » Un grand nombre de Juifs, encouragés par cette protection, étaient venus à Londres potir attendre le dénouement de ce débat; mais la majorité des théologiens se déclara contre eux. Le commerce de Londres réclama dans un autre vue, et par crainte de la concurrence que présentaient la richesse et Tindustrie des Juifs; Gromwell alors se désista de ce projet, en disant qu'il n'avait pris aucun engagement avec les Juifs, et ne voulait que faire ce qui était permis par l'Écriture. Quelques historiens ont avancé que les Juifs s'étaient ménagé la fliveur de Gromwell par la promesse d'une grande somm^ d'argent; d'autres ont supposé que le Protecteur, souvent gêné dans ses entreprises par l'insuffisance du trésor public, comptait sur leur secours, s'ils s'établissaient en Angleterre. L'activité et les communications des Juifs dans tous les pays ne furent pas inutiles au Protecteur. Suivant Burnet, des hommes de cette nation lui servirent d'espions dans toute l'Europe , surtout en Espagne et en Portugal ; et il en tira des connaissances précieuses sur les desseins et la situation des cours étrangères , dont il fut toujours mieux instruit qu'aucun autre souverain. Le ménagement que Gromwell montra dans cette occasion pour le préjugé des sectaires , s'accorde avec la politique qui lui fit toujours parler leur langage et imiter leur fanatisme. On assure que cette aflPec* tation, si habilement soutenue, se démentait quelquefois dans la liberté de la vie privée et l'épanchement de la con^ fiance. Get ingénieux Waller, qui a chanté tour à tour Charles I", Gromwell et Gharles II, et qui, après avoir conspiré pour la royauté, fut accueilli par le Protecteur, dont il était parent, racontait à ce sujet une anecdote as-
sez curieuse. Admis daus le cabinet de Cromwell * , souvent sa couYersation familière était interrompue par quelques chefs de secte, qui Tenaient faire leur cour. Gromwell debout les recevait près de la porte ; et ces mots sans cesse répétés.: le Seigneur révélera^ le Seigneu/r viendra au secours, arrivaient jusqu'à l'oreille de Waller ; et Gromwell en revenant à lui , après avoir congédié ces fanatiques importuns, lui disait : « Cousin Waller, il faut parler à ces gens- « là dans leur jargon ; reprenons l'entretien où ils nous ont «c laissés. »
Tandis que le Protecteur, secondé par la docilité de la chambre , travaillait à fortifier son pouvoir de ces apparences légales qui imposent lors même qu'elles sont arrachées, les grands succès des flottes anglaises venaient augmenter l'éclat de son administration , et balançaient la gloire de l'armée de terre. [1657.] Blake, après avoir passé l'hiver entre Cadix et les côtes de Portugal, avait appris au renouvellement de la saison qu'une flotte espagnole , plus riche encore que sa première proie, était à l'ancre dans la baie de Ténériife. Le 15 avril il partit, et le SO il toucha Ténériife. L'amiral espagnol, qui n'était pas indigne de combattre ce redoutable assaillant, avait abrité ses petits navires sous les batteries des forts qui défendaient le rivage, et placé plus avant six grands vaisseaux à l'ancre. Slake résolut de brûler les galions, s'il ne pouvait s'en emparer. Il partagea ses forces , Stayner pénétra dans la baie, et vint attaquer les navires sous le feu même des forteresses. L'amiral disposa près des forteresses quelques - uns de ses plus grands vaisseaux, dont l'artillerie força la garnison ennemie d'abandonner un poste si dangereux. Avec le reste de sa flotte , il combattit pendant quatre heures les grands galions qui furent incendiés, tandis, que
« Waller'8 life, p. SO.