LIVRE NEUVIÈME
Stayner brûlait ou coulait bas le reste du convoi. Cette flotte, ainsi renfermée dans la baie de Santa -Grux, périt tout entière, sans enrichir les vainqueurs.
Cette victoire , dont les avantages et les trophées étaient anéantis dans le désastre même des vaincus , excita beaucoup d'enthousiasme parmi le peuple de Londres. Cromwell la fit annoncer au parlement, qui ^ vota des prières publiques , et ordonna qu'un diamant de cinq cents livres sterling serait offert à l'amiral victorieux, comme un témoignage de la satisfaction du Protecteur et du parlement. Mais ce grand homme ne put jouir de l'honneur qui lui était réservé ; et il n'assista pas non plus à la confirmation légale du pouvoir de Cromwell , qu'il avait toujours servi sans l'aimer. Il mourut à bord de son vaisseau au moment où le reste de la flotte entrait dans la rade à Plymouth. Son corps fut transporté à Londres; et Cromwell , qui, suivant Ludlow^, redoutait la vertu et le patriotisme de Blake , rendit de grands honneurs à sa mémoire. Il le fit enterrer dans la chapelle de Henri VI, parmi les monuments des rois d'Angleterre : sépulture qu'il ne déshonorait pas , et dont Charles II eut tort de chasser les cendres de ce grand homme. Depuis quelque temps Cromwell lui avait opposé l'amiral Montagne, connu dans la suite sous le titre de comte de Sandwich , qu'il reçut de Charles II. Blake était cependant peu dangereux pour Cromwell. Républicain par caractère et par conscience , il était plus inquiet de la gloire que de la liberté de son pays. Dévoué à la mer, toujours occupé de son art, dont il hâta les progrès, et qu'il anima d'une impulsion nouvelle, du reste peu attentif aux révolutions du pouvoir qui se passaient à Londres , pourvu que sa patrie fût grande et glorieuse , il répétait souvent aux matelots : «t Qu'ils ne devaient pas se mêler dans les discussions inté-
• • The Parliamentary history, v. XXI, p. 145. * JLiidlow^s joaemoirs, v. VU, p. G05^
i( Heures , et (|ue leur unique affaire étdit de tbâ^téttir a contre l'étranger la gloire et la puissance deFAngleterre.» Blake était un dés hommes qui avaient ihit le plus respecter le nouveau gouvernement de l'Angleterre, et qui, par leurs triomphes , avaient donné les joies les plus vives à l'orgueil du Protecteur. L'amour qu'il avait pour Soft payt lui inspirait une hauteur de courage conforme aux grandes vues de Cromwell ; et le patriotisme de l'un allait aussi loin que l'ambition de l'autre. Avant ses victoires, et métùt avant la guerre d'Espagne, filake avait donné un exemple remarquable de cette fierté qui obtient à un peuple la con^sidération de ses voisins et de ses ennemis. Un jour qu'il relâchait dans un des ports d'Espagne, quelques matelots étant descendus sur la côte, rencontrèrent le saint Sacrement ; et dans leurs préjugés de croyance et la grossière licence de leurs mœurs, ils montrèrent à cet aspeet un insolent mépris , qui souleva l'indignation du peuple , exciti par un prêtre qu'ils avaient outragé. Les matelots, poursuivis et fort maltraités, regagnèrent la flotte, et se plaignirent à l'amiral. Blake envoya sur^le-champ^n tnompette au gouverneur de la ville , pour demander qu'on lui llvrlt le prêtre qui avait animé le peuple contre ses matelots. Le gouverneur voulut alléguer, pour cause de reftM, llndépendance de l'ordre ecclésiastique. Blake insista, dédai^nt que , sans s'inquiéter de ce que pouvait Aire 1*^1^014 té civile, il réduirait la ville en cendres, si le prétré désigné n'était pas remis dans ses mains sous quelques heures. Il fallut céder, et envoyer à bord de l'amiral l'ecclésiastique espagnol, qui chercha son excuse dans la conduite insolente des matelots. Blake le renvoya libre, après lui avoir dit : « Si l'on m'avait adressé les premières plaintes, j^au- « rais puni rigoureusement les coupables , ne voulant pas « qu'aucun de mes matelots insulte la religion dominante «( dans les lieux où ils abordent. Ce que je trouve mautais,