LIVRE NEUVIEME. S4S
leur. Le pariement, le conseil-d'état , les juges, les magistrats de la cité de Londres prirent place. On remarquait aux deux côtés de Testrade les ambassadeurs de France et de Hollande.
Cromwell étant debout , Xorateur lui présenta une robe de velours pourpre bordée d'hermine, une grande Bible richement ornée, une épée, et un sceptre d'or massif.
Le comte 'de Warwick, ancien noble, et Whitelocke, récemment décoré du même titre, aidèrent à le revêtir de la robe. La Bible lui fut remise dans les mains. Vorateur lui ceignit Fépée et lui donna le sceptre; puis, dans un discours, il expliqua l'usage de ces divers symboles : « La robe de pourpre, dit-il ^, est un emblème de la magistrature, « elle exprime la droiture et la justice. Cette robe est d'une « couleur mélangée, pour indiquer l'alliance de la justice et te de la pitié, qui n'ont toute leur excellence que lorsqu'elles « sont tempérées l'une par l'autre. La justice sans la pitié « est amertume et absinthe ; la pitié sans la justice est une «c affection trop douce pour le gouvernement.
«( La seconde chose que je vous offre est une Bible, un » livre qui contient les saintes Écritures , dans lesquelles «c vous avez la gloire et le bonheur d'être versé. C'est le «c livre de vie, composé des deux Testaments , l'ancien et le « nouveau. Dans le premier, nous avons le Christ voilé , le tt Christ en nombre, en type, en figure. Dans le second, « nous avons le Christ dévoilé. Ce livre renferme les fônde- <c ments de la yraie religion chrétienne protestante : c'est « le livre des livres; il contient tout ensemble des préceptes « et des exemples de bon gouvernement.
« La troisième chose que je dois offrir à Votre Altesse est « un sceptre qui ressemble à un bâton ; car vous devez être « le bâton du faible et du pauvre. Le sceptre est depuis
' The Parliamentary bistory, v. XXI , p. 155.
Ireton , elle s'était pénétrée de ses maximes , et les avait exagérées avec une candeur d'enthousiasme naturelle à son sexe. Lorsqu'elle eut perdu Ireton, Gromwell lui donna pour époux le lieutenant-général Fleetwood. Elle le retint dans ses opinions républicaines. Elle haïssait avec violence la maison royale détrônée par la révolution; mais l'unité de pouvoir et la dignité de Protecteur lui étaient odieuses, même dans son père. C'était d'ailleurs une imagination toute mystique ) et suivant l'expression du temps, une femme instruite des tentations, mais qui soupirait après Jésus-Christ
Cette inflexibilité républicaine , qui contrariait Cromv^ell dans sa propre maison, lui était peut-être moins pénible encore que les sentiments bien opposés qu'il trouvait dans lady Cleypole , sa fille bien-aimée. Cette jeune femme était zélée pour la cause et surtout pour l'infèrtune des Sluarts. Elle intercédait en faveur du parti vaincu; elle était la protectrice de tous les ennemis de son père.
Si l'on en croit des témoignages assez imposants, Tidée d'une réconciliation plus extraordinaire occupa la famille de Cromwell, et ne fut pas repoussée par Charles IL Lord Broghiil, qui , surpris par l'ascendant de Cromwell, au moment où il conspirait pour la cause royale , l'avait fidèlement servi, mais en conservant ses premières affections, imagina le plus inconcevable traité : un mariage entre la plus jeune des filles de Cromwell et le fils de Charles P'. [1657.] Il est certain que la nouvelle de cette union fut secrètement répandue dans Londres. Suivant les Mémoires que nous consultons, ce fut ce bruit même qui servit à lord Broghiil ^ pour entamer avec Cromwell une matière si délicate et si suspecte. Cronawell s'écria d'abord, quels sont les sots qui peuvent croire une pareille chose? Lord Bro-
* CoUection of lord 0rrey*8 sUte letters, p. 31.