‹ Histoire de CromwellChapitre 156 sur 222 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

ghill répondit que tout le monde la désirait, et la regardait comme la chose la plus sage que pût faire le Protecteur, sll pouvait y réussir. Il ajouta que lui-même partageait cette opinion : et voyant le Protecteur attentif et sérieux , il exposa les avantages de cette alliance, le peu de confiance, qu'il devait désormais avoir dans son parti; le mécontentement des hommes qui lui avaient jusqu'alors donné leur appui ; la facilité d'assurer sa puissance par les conditions qu'il dicterait au jeune roi, rappelé du bannissement sur le trône; l'avantage de réunir ainsi les Royalistes; enfin la possibilité de voir son petit-fils héritier de la couronne d'Angleterre, et l'établissement durable de sa grandeur, tandis que, dans l'état présent des choses, il ne la transmettrait pas à ses enfants, et aurait peine à la conserver lui-même. Gromwell , se promenant à grands pas, écoutait ce discours: «Non, dit-il, Charles II « ne saurait me pardonner la mort de son père. » Broghill insista pour être autorisé à faire quelques ouvertures à ce sujet. Gromwell ^ répéta la même idée avec une expression singulière, qui prouvait plus de haine que de remords. « Il <( est trop damnablement débauché pour me pardonner la •c mort de son père. » Au reste , on peut douter que Charles soit descendu si bas, et qu'il ait autorisé une transaction si odieuse à faire ou à violer. Son consentement est à peine indiqué dans le récit de Broghill , et l'on n'en trouve aucune autre trace dans les Mémoires historiques.

Un autre historien , sans admettre la supposition de cet inconcevable projet de mariage, raconte que Charles fit offrir au Protecteur un traité , qui n'est guère moins extraordinaire. La duchesse de Lauderdale ^ , accueillie dans sa cour et dans sa familiarité, servit de médiatrice. Il s'agissait de négocier le rétablissement du roi sur le trône , par

' Burnefs History of bis own times, v. I, p. 69. * The History of England by Laurent Ëchard.

]m mains de Gromwell , et aux coaditions que lui-même prescrirait. Suivant ce récit , la femme de Gromwell reçut la première confidence de ces offres , dont elle eût désiré le succès. Elle en parla vivement au Protecteur > qui repoussa ses prières par cette amère réflexign : » Si Charles peut me » pardonner ce que j'ai fait contre sa personne et sa fait mille , il ne mérite pas de porter la couronne.» On peut présumer qu'un même fait , mal connu et diversement raconté ? a servi de texte à ces deux anecdotes.

Au reste, Gromwell maria cette année même sa fille lady France au petit-fils du comte de Warwick, son ancien et fidèle ami. Vers le même temps , la troisième fille de Çromwell épousa lord Falconbridge, l'un de ces nobles dont la vanité avait à tout prix besoin de paraître dans une coyr. [1657.]

Gromwell avait souffert patiemment la libre opposition de son gendre Fleetwood : il savait que cette résistance était sincère et n'excluait pas le dévouement personnel. U se montra moins indulgent pour Lambert, dont l'ambition si longtemps servile, et tout à coup républicaine, n'avait ni la même autorité ni la même excuse. La disgrâce de ce général avait été rémarquée le lendemain d^ l'inauguration du protectorat. Il ne se trouvait point au banquet, où le Pro* tecteur invita les principaux officiers de l'armée* Quelques jours après , ayant refusé de prêter le serment prescrit aux membres du conseil , Gromwell le fit venir , et lui dit , qu'il était bien sûr que son refus ne tenait pas à la nouvelle forme du gouvernement , car U se souvenait très bien d'avoir été pressé par lui d'accepter même le titre de roi. Il ajouta que, s'il était mécontent , il n'avait qu'à rendre sa commission, Lambert répondit avec hauteur à cette menace, et peu de jours après il perdit tous ses titres et ses traitements militai* res. L'influence qu'il avait sur l'armée tomba du même coup que sa faveur. Après avoir paru si longtemps le principal

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