LIVRE NEUVIEME
leur conformité avec d'autres renseignements précieux lui sauvait la vie. » Maintenant, cher colonel, dit-il, pourquoi u ne viendriez-vous pas avec nous , et ne seriez-vous pas des nôtres? » Hutchinson lui dit sans détour la cause de son éloignement. Il blâmait les voies que Gromwell avait prises depuis l'expulsion du parlement : elles lui semblaient con* duire à la destruction inévitable de tout le parti républicain, et préparer le rétablissement de l'ancien esclavage. Gromwell parut accueillir la franchise de ces aveux avec beaucoup de reconnaissance. Il s'accusa de précipitation dans plusieurs choses, et se plaignit, en versant ' des larmes, que Lambert l'avait poussé à ces actes de violence, dont il se faisait un prétexte maintenant pour l'accuser et méditer sa ruine. Il affectait , en même temps, le plus vif désir de rétablir les libertés du peuple, de prendre des conseils plus sûrs et plus modérés , enveloppant tout ce discours d'offres et de promesses pour engager Hutchinson. Le colonel répondait qu'il ne voulait pas s'enrichir, en servant à l'esclavage de son pays ; mais GromweUl'assura qu'il n'avait plus d'autre pensée que de relever et d'affermir les libertés du bon peuple anglais; qu'il fallait pour cela des hommes de crédit et d'honneur qui fussent agréables au peuple, et que c'était un devoir pour lui de ne pas refuser d'être du nombre. Alors, avec un redoublement d'artifices, il essaya de justifier ses actes publics et de les faire approuver du colonel. Gelui-ci s'étant de nouveau rejeté sur le mécontentement des gens de bien , Gromwell le laissa partir enfin en lui adressant des expressions flatteuses , entendues de ses courtisans qui se tenaient à quelque distance. Il le reconduisit jusqu'à l'extrémité de la galerie, et, l'ayant eàibrassé, lui dit à haute voix: » Allons, colonel , content «ou mécontent, vous serez des nôtres^ car nous ne pou-
« Memolrs of tfae Ufe of colonel HntdiliMon, t. IT9 p. S16. ■
« vons dispenser plus longtemps du service publie tiiihomteé 4( si eapdbie et si fidèle : vous aurez satisfaction sur totitèis (( les choses justes. »> Mistriss Hutchinson, <}ul, dans ses ingénieux Mémoires, a raconté cet entretien avec Une gràcé Infinie , est le seul garant que nous ayons d^une an^eedote si honorable pour son mari. Mais au ton simple et vrai it son récit, on peut la croire, et sur la noble Conduite Ût Hutchinson , et sur la servilité des courtisans du Protee-^ teur, qu'elle se platt à nous montrer tant éblouis d'un si favoraUe accueil , se pressant autour du colonel , et pour^ suivant de leurs politesses, quelques-uns même de leur^ sollicitations, ce fier Républicain qtfils voyaient sortir dtî cabinet de leur maître.
Malgré toutes ces belles apparences, le Protecteur fut îtt* quiet et olTensé de cette courageuse fermeté, qUil âtaît inutilement voulu séduire. Quelque temps âpres , les troubles qui menacèrent d'éclater dans plusieurs provinces, lui faisant craindre que le colonel, respecté pour son grand ca^ ractère , n'offrît un chef aux mécontents , il songea même à le faire arrêter. » Mais , comme le dit éloquemment mfstHsS « Hutchinson, avant qu'il eût envoyé ses gardes , la mort (c le saisit lui-même, et renferma sa vaste ambitiott et seâ « cruels desseins dans l'étjoit espace de sa tombe. »
[-3^»>'4^^^^-3â^.^^^^è€j^Ètïg^^:KC3^i?ie''^^
r^ct^^^-'^r^rr^âr^rr.^'S'ic^n