LIVRE DIXIÈME
Relationi de CromweU avec la France.^ Son ascendant sur Mazarin ; anecdote à ce sujet. — Caractère de Lockart, ambassadeur anglais. — Cromwell envoie six mine Anglais pour servir d'auxiliaires dans l*arniée française contre les espagnols. — Situation de Charles H et de sa famille. — Ce prince est toujours environné des espions de CromweU. — Le Protecteur convoque la chambre des communes, et forme une.cbambre haute.— Une vive opposition se manifeste daqs la chambre des communes, et parait favoriser les projets des Royalistes. — CromweU dissout la chambre. ~ Plusieurs chefs d*un6 conipiration royaliste sont mis en jugement. — Continuation de la guerr/e de Fl^indre. — Tentative infructueuse sur Ostende.— Louis XIV prend part à cette campagne, et reçoit une ambassade du Protecteur.— Siège de Dunkerque. — Bataille des Dunes.— Dunkerque est pris et livré aux généraux de CromweU.— Mazarin envoie son neveu en ambassade près le Protecteur. — Puissance extérieure de CromweU.— Détails sur son gouvernement. — Protection des arts. — Pénurie des Nuances de TAngleterre. — Situation des divers partis. — Rapprochement des Royalistes et des Presbytériens. — Entrevue de CromweU et de Fairfax. — Inquiétudes et tourments de Cromwep.
ANpis que l'usurpation du Protecteur s'aflFermis- [sait par le temps et par ces formes légales qui naissent de la seule durée du pouvoir , le jeune roi Charles , malgré sa mauvaise fortune et l'injurieux oubli de la France, se préparait à tenter de nouveaux efforts. Le roi d'£spagne lui avait offert un asile dans la ville de Bruges en Flandre, et prenait en main sa canse avec un zèle que Charles n'avait encore trouvé dans aucun souverain, La guerre se prolongeait entre la France et l'Espagne ; et l'alliance de CromweU rendait seulement cette lutte dangereuse et plus implacable. CromweU avait conservé depuis le commencement de la paix tout l'ascendant qu'il avait
porté dans la rédaction du traité; et son ambassadear, le colonel Lockart, soutenait dignement à la cour de France cette politique hautainç. La mission de Lockart est peutêtre un des exemples qui montre le mieux le discernement du Protecteur dans le choix des hommes, et sa puissante séduction pour attirer à son parti tous ceux qui pouvaient le servir. Cet officier, d'une illustre famiUe d'Ecosse, était, par sa naissance et ses premiers services, engagé dans la cause des Stuarts ; il avait combattu sous Charles P' et sous Charles II : après la ruine du parti royal, il s'était condamné d'abord à l'inaction et à l'oubli. Assez compromis pour craindre la confiscation de ses biens s'il quittait l'Angleterre, il vint à Londres solliciter une permission de voyage. Le Protecteur, qui connaissait son rare mérite, et qui le supposait ambitieux et mécontent d'un parti qu'H avait suivi avec succès, le reçut avec faveur, le combla d'éloges et de promesses, le plaignit d'être lié à une cause détruite pour jamais, et d'avoir éprouvé, de la part des princes qu'il avait servis avec tant de zèle , cette ingratitude dont il est si facile d'accuser ceux qui ne peuvent plus rien. Le voyant ébranlé par ses offres, Cromwell, dans l'empressement d'achever cette conquête précieuse, lui donna l'une de ses nièces en mariage , rompant pour cela d'autres promesses. Une grande confiance suivit cette première faveur. Lockart fut à la fois juge en Ecosse, colonel dans l'armée, et commissaire pour surveiller k vente des biens confisqués sur ses anciens frères d'armes. Entraîné par ces récompenses et ces emplois, il devint l'un des plus fidèles ministres du Protecteur ; et c'était lui que Cromwell avait envoyé pour négocier à la cour de France la dernière proscription de ses anciens souverains. Ce n'est pas que l'impérieuse politique de Cromwell exigeât ou permît beaucoup d'habileté dans ses ambassadeurs. Cromwell étendait à la décision des plus graves intérêts, cette impétueuse vivacité dont une