‹ Histoire de CromwellChapitre 160 sur 222 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

anecdote assez singulière peut donner Texemple^ et qui s'explique par le mépris que lui inspiraient les finesses pusillanimes de Mazarin. Un vaisseau de commercé anglais avait été arrêté à la côte de France, et confisqué sur quelque prétexte. Le propriétaire du navire, qui était un honnête quaker, présente une pétition au Protecteur en son conseil. Le Protecteur fait venir cet homme, Tinterroge , et quand il croit démêler toute la justice de sa plainte , il lui demande s'il irait volontiers à Paris, avec une lettre : le marchand ne refuse point; et le Protecteur lui remet une lettre pour le cardinal Mazarin, avec ordre de ne rester que trois jours pour attendre la réponse. « La réponse que je « veux , lui dit le Protecteur, c'est la restitution entière du (t prix de votre navire et de votre cargaison. Dites au car- « dinal que si vous n'êtes pas payé sous trois jours, vous « avez ordfe de revenir à moi. » Le bon quaker suivit ponctuellement cette instruction, et revint sans succès. Il alla trouver le Protecteur, qui lui dit à la première vue : « £h « bien, l'ami, avez-vous votre argent? » Sur sa réponse négative^ Cromv^ell lui promit de se charger du reste; et négligeant toute communication diplomatique , sans même avertir l'ambassadeur français qui résidait à sa cour, il envoie deux vaisseaux de guerre saisir les navires français qu'ils trouveraient dans le détroit. Les vaisseaux revinrent avec quelques prises , que le Protecteur fit aussitôt vendre pour rembourser au marchand quaker la valeur de ce qu'il avait perdu ; ensuite, le Protecteur avertit l'ambassadeur français que, cette restitution étant prélevée, il restait une somme à lui remettre sur la vente des prises.

Cette insolente justice n'excita ni réclamation ni guerre. Un siècle après, cette anecdote * fut citée dans le parlement comme un rare exemple du maintien de la dignité

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nationale. Elle sert au moins à caractériser assez bien cette brusque et bizarre politique de Cromwell, qui faisait dire * à Mazarin, tremblant sous son génie, gœ ce n'était qu'un hetireuxfim.

Quelques écrivains anglais ont vu dans la condescendance habituelle de Mazarin un chef-d'œuvre de politique , pour se ménager Tintervention des troupes du Protecteur^ à laquelle ils attribuent les succès de la France contre l'Espa* gne et la glorieuse paix des Pyrénées. Ce n'en était pas moins une dangereuse épreuve d'appeler sur le continent les armes ambitieuses du Protecteur. Il consentit volontiers à fournir à la France un secours, qui lui rouvrait à luimême l'ancienne route de Calais. Le traité qu'il avait conclu avec la France se changea en une Ugue offensive contré l'Espagne. Lockart rédigea cette convention. Six mille sol** dats anglais devaient passer au service et à la solde de la France, qui, de son côté, formerait un armée de vingt mille hommes pour porter la guerre dans la Flandre espagnole, et s'emparer de Dunkerque au profit duProtec-* teur.

Avant cette intime alliance du Protecteur et de Mazarin, le duc d'York avait quitté la France, et était passé dans le camp des Espagnols. [1657.] Plusieurs régiments d'Irlan-* dais et d'Anglais réfugiés s'étaient formés sous ses ordres, au nom du roi son frère.

L'ouverture de la campagne, au mois d'avril 1667, pré* sentait un spectacle remarquable par le nom seul ^s gêné* raux opposés ou réunis , et les chancei^ bizarres de leur si* tuation* Turenne, sous lequel le jeune duc d'York avait fait ses premières armes dans nos troubles civik, marchait contre les alliés de Charles Stuart , avec deux généraux d0 Cromwell, Reynolds et Morgan ;^ tandis que le duc dTork

* A collection of letten, pubfisfaed by Thomas Carte, r. li^ p. tS^

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