LIVRE PREMIER
qq'il vit çetto femrne, aimable et légère, résister avec un courage l^érolque aux malheurs, où peut-être elle l'avait engagé; lorsqu'il la vit, fugitive, proscrite, traversant la mer paur lui amener des secours , son estime et sa reconnaissance durent redoubler pour elle: ainsi les vertus privée peuvent entrer au nombre des faiblesses d'nn roi.
[1645.] Pendant que la guerre générale se poursuivîiit avec peu d'avantages pour le parlement , Gromwell , attentif à exciter la sédition , parcourut les comtés de Cambridge , d'ïlssex , de IHorfolk et de Suffolk \ où lord Cape] , désormais le plus ferme appui de la cause royale, devait exciter un soulèvement. Une association royale, qui se formait dans la ville de Lowerstorst, fut étouffée par son activité; il dispersa les royalistes, qu'on appela conjuré^, se saisit de leurs préparatifs et de leurs armes, et retint sous le pouvoir du parlement les comtés de Sufibllç et de Norfolk, qui allaient lui échapper.
Ces actions utiles et bprdies te firent nommer lieutenantgénéral par un parlement, qui prodiguait les récompenses, parce qu'il avait besoin de créer des hommes. Il répondit à cette élévation par des succès nouveaux; ces succès étaient trop rares dans le parti du parlement, pour n'être pas fort remarqués. Jusqu'alors il n'avait pas conduit heureusement la guerre. C'est une chose remarquable que les défaites successives du parlement, qui n'ôtent rien à ses prétentions et à sa menaçante opiniâtreté. L'armée royale, sous les ordres du copite de New - Gastle , gagna plusieurs batailles. Les généraux du parlement se divisèrent. Hampden , l'un des plus illustres chefs du parti parlementaire; Hampden^ admiré de tous dans la guerre civile, et que les royaUstes n'accnsent qu'avec respect , fut tué dans un combat. Lon-
' Tbe history of the parliament , written by Tbowas May, secretary of the parliament, book III , p. 89.
dres % le centre de la révolution, se crut menacé d'un siège , dont le succès n'eût pas été douteux , si le roi se fût hâté. Plusieurs lords , beaucoup de membres des communes, se détachèrent d'une cause désespérée, et vinrent grossir le parlement réfugié , qui tenait ses séances dans Oxford. Dans ce moment, l'assemblée de Westminster dut consterner le roi par sa fermeté ; l'inflexibilité du zèle religieux la soutenait. On leva de nouvelles troupes. L'armée d'Essex fut fortifiée. On entreprit de former une seconde armée qui serait commandée par Waller, officier dont l'habileté s'était fait remarquer au milieu des désastres du parlement. Le comte de Manchester, considéré par son grand nom et son zèle pour le parlement, fut nommé général des provinces de l'est , que Cromwell avait parcourues avec tant de succès, et remplies de l'esprit d'une fédération patriotique.
Le parlement découvrit une conspiration formée par quelques-uns de ses membres , et où figurait le poète Waller, qui ne montra pas dans ce péril plus de courage que Lucain , et qui racheta sa vie en trahissant tous ses amis. Cette persévérance du parlement obtint enfin la victoire. Le roi, par une faute que reconnaissent tous les partis, s'étant arrêté au siège de Glocester, Essex marcha pour secourir cette ville , et remporta près de Newburry une victoire longtemps disputée , mais complète. La cause royale y perdit lord Fakland , cet intrépide et vertueux citoyen , ce généreux déserteur de l'opposition devenue la révolte , longtemps l'admirateur et l'ami de Hampden , et victime de la guerre quelque temps après lui, comme si la fortune, en frappant à la fois ces deux illustres t^itoyens dans deux partis contraires, eût voulu détruire les médiateurs de la paix.
* The histoiy of Uie parliament , written by Thomas May, secretary of Oie parliameot , book III. p. 91.