‹ Histoire de CromwellChapitre 162 sur 222 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

n*était donnée qu'à sa politique et à ses intérêts , et non pas à rinfluence d'un pouvoir étranger.

Ce zèle du protestantisme , que Gromwell portait dans sa politique extérieure , lui fit toujours soigneusement cul^ tiver Falliance du royaume de Suède , formée sous les auspices de Christine, et rendue plus importante par la gloire de son successeur, qui renouvela les prodiges de Gustave- Adolphe , et parut quelque temps la terreur et le héros du IVord. On voit , dans le Recueil de Thurloe , que le Protecteur suivait avec une jalouse curiosité toutes les entreprises militaires et les fortunes diverses de ce prince , qui , dans peu d'années , ravagea la Pologne , imposa des lois au Danemarck , s*empara de plusieurs provinces , qu'il garda même après ses défaites , et médita l'envahissement d'une partie de l'Europe. Le Protecteur, qui pouvait redouter ce jeune et entreprenant rival , ne vit en lui qu'un soutien ' pour cette grande ligue protestante, et qu'il avait l'intention de former. .11 conclut avec lui un traité de commerce, dans lequel il eut soin de comprendre les intérêts de la Hollande, son alliée, menacée par le roi de Suède, qui, suivant les projets divulgués après sa mort , voulait unir les fruits de la conquête et ceux de l'industrie , assujettir le nord , et intercepter le commerce des peuples du midi.

Ces puissantes alliances , ces guerres heureuses de l'Angleterre, donnaient au Protecteur une grande force pour braver le retour de la plus difficile épreuve de son pouvoir, l'assemblée du parlement. A défaut du titre de roi, vou-

lant du moins réunir toutes les formes monarchiques favorables à l'autorité d'un seul, il s'était ménagé le droit d'associer cette fois à la chambre des communes une autre chambre qui devait remplacer la pairie ; mais de nouvelles difficultés naissaient de cette disposition même. [1657.] Une

' Thurloe*8 state papers , v. VI , p. 628. *

préférence pour les rangs élevés de l'ordre social, sentiment qui est une faiblesse dans un usurpateur, lui faisait désirer de ramener à sa cause et d'enyelopper dans son gouvernement les grandes et anciennes familles de l'Angleterre ^ Il lui était d'ailleurs impossible de remplacer dans l'opinion des peuples cette antique pairie, qui avait suivi la révolution jusqu'à la chute du trône, et qui conservait encore ses richesses et l'influence de ses grands domaines. D'une autre part, il avait à ménager tant d'hommes vaillants et hardis qui s'étaient élevés comme lui. Il ne pouvait espérer de les confondre avec les chefe de la noblesse , qui étaient séparés d'eux par les souvenirs encore si récents de la persécution et de la guerre civile. Parmi les anciens panrs, iBoIui même qui était le plus lié à ses intérêts , le comte de Warwick , refusa de venir siéger * à côté du colonel Hewson. Ces embarras sont naïvement exprimés dans une lettre du seorétaire-d'état : » Aucun choix n'est encore ar- « rêté ', écrit*iU Henri Cromwell , la difficulté étant grande <( entre ceux qui conviendraient, mais qui ne veulent pas, «et ceux qui demandent, mais qui ne conviennent pas; 4f et cependant il n'y a plus que huit jours pour se décider. » Cromwell avait souvent essayé des avances et des sêduotions , envers les personnages les plus illustres de la no* blesse. Un peu avant la formation de la nouvelle chambre des pairs , instruit que le marquis d'Hartfbrt était plongé dans la douleur par la mort de son fils atné , il envoya Sydenham pour le complimenter sur cette perte.«Quelque temps après ^, il fit inviter à sa table ce même seigneur, qui n'osa refuser. Cromwell l'accueillit à bras ouverts , lui marqua les attentions les plus délicates, et après le diner, l'ayant pris à

' Erskine, sur les causes delà guerre avec la France.

• Ludlow^s memoirs, v. II, p. 596.

' Thurloe*s state papers, v. XXI, p. 648.

4 Peck*8 préface to the memoirs of Olivier CromveU,)h 97.

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