LIVRE DIXIÈME. WS
part , il parut s'ouvrir à lui sans réserve. « Je n*ai plus la M jtoree, lui dit-il, de supporter le poids des affieiires; j'en (t suis aeeablé : vous, myiord, qui êtes un homme de grande «( sagesse et d'expérience , et qui avez été longtemps exercé u dans le gouvernement, dites-moi ce qu'il faut faire. » Hartibrt, surpris et embarrassé de cette confidence, s'ex« eusa d'y répondre : ancien serviteur de la couronne, çt mem* bre du conseil privé de Charles , ses principes i^e lui per*mettaient, ni d'être consulté par le Protecteur, ni de se hasarder à lui donner un avis. Gromwell le pressa de s'expliquer librement; et Hartf6rt, ne pouvant échapper à ses impérieuses questions, finit par donner au Protecteur le conseil impraticable que nous avons déjà trouvé plusieurs fois dans cette histoire, celui de rappeler Charles II, et de lui rendre la couronne. Cromwell répondit : « Que les cho- 1 ses étaient trop avancées , et qu'il ne pourrait se confier » à Charles. » Il renouvela plusieurs fois, à l'égard des plus illustres familles du royaume, ces empressements et ces ca* resses intéressées qui , dans la courte durée de son pouvoir, n'en séduisirent qu'un petit nombre , mais qui devaient leur inspirer à toutes une sorte de sécurité favorable à l'obéissance.
Cromwell , après beaucoup d'incertitudes , qui venaient d'une opposition invincible entre l'origine et les formes nouvelles de son pouvoir, se résolut à composer une chambre haute , par la réunion de ses parents , de ses plus fidèles amis , et de quelques-uns de ses ennemis , qu'il enlevait ainsi à la chambre des communes , où leur présence lui parais-» sait plus dangereuse ; et il envoya les lettres de convocation , suivant la formule autrefois usitée pour la chambre des lords.
Richard Cromwell fut le premier membre nommé; son frère, Henri Cromwell, ensuite; tous deux avec le titre de lord. Dans cette marche tortueuse et timide vers la monar-
chie, le Protecteur n'osa d'abord attribuer à la chambre nouvelle aucun privilège aristocratique; mais les communes, habituées si longtemps à la puissance exclusive, furent blessées même de l'égalité ; et les Républicains s'aliénèrent plus que jamais de la cause du Protecteur. Ils lui auraient pardonné plus volontiers sa domination personnelle et passagère , que le rétablissement des institutions qui , détruites avec la royauté , leur paraissaient un avant-coureur de son retour; et, après avoir haï son ambition, qui les opprimait, ils le haïssaient pour les foutes qui gâtaient sa fortune, et pouvaient les compromettre eux-mêmes par sa perte.
La prochaine réunion du parlement montra cet écueil à découvert. Le Protecteur, pour diriger la nouvelle assemblée en donnant une récompense à ses imis , avait fait passer dans cette chambre les membres des communes les plus habiles et les plus dévoués à son pouvoir : il éprouva bientôt les conséquences de ce changement.
La prééminence de la nouvelle chambre fut marquée dès le premier jour, suivant l'ancien usage. Le 20 janvier, les deux assemblées avaient pris séance. [1657.] Un huissier à verge noire vint avertir les communes que le Protecteur était dahs la chambre des lords.
L'orateur et tous les membres s'y rendirent. Le Protecteur prit la parole , et se servit des anciennes dénominations , en s'adressant aux membres des deux chambres.
Si les difficultés de sa situation doivent se mesurer sur un redoublement d'obscurité dans ses discours, on supposera qu'il était alors très embarrassé. Cette observation, qui peut s'étendre à beaucoup d'autres discours du Protecteur, explique les bizarreries et le défaut d*idées qu'on y trouve. Pour l'homme dont le génie principal est dans l'action, la nécessité de parler est souvent un obstacle , dont il se démêle avec peine. On comprend qu'alors son langage , sou^