LIVRE DIXIÈME
frant du travail intérieur de ses pensées , doit s'embrouiller et s'appesantir, en proportion même des grands projets qui roccupent et des secrets qui lui pèsent. Jamais Félocution de Cromwell ne fut plus mystique et plus vague que dans cette occasion. Ce sont des éloges ^ de la liberté spiiîtuelle, des remerctments à la Providence , des citations de psaumes, des déclamations contre TÉpiscopat, qui n'existait plus. Il parle des hommes qui n'entendent pas les œuvres deDieu, qui ne voient pas l'opération de ses lois^ qui ne considèrent pas que Dieu a mis en pièces les anciens pouvoirs , afin que les hommes puissent le craindre. Il vante la nouvelle composition du ministère ecclésiastique. « L'esprit de la béte, «• dit-il , ne connaît pas l'esprit de l'homme , et l'esprit de <c l'homme ne connaît pas les choses de Dieu : les choses de « Dieu sont connues par l'esprit. » Contre son usage , il parla brièvement , et s'en excusa sur l'altération de sa santé. » Je serais charmé , dit-il en finissant , que mes os reposas- « sent avec les vôtres. » Et , après avoir promis aux députés qu'ils seront les bénis du Seigneur, et s'être plaint de nouveau que des infirmités sont swr hd, et qu'il n'a pas la force d'en dire davantage , il annonce qu'un honorable personnage va leur exposer plus particulièrement ce qui convient à cette circonstance et à cette réunion.
Le lord-commissaire de sceau, Fiennes, fit alors une longue harangue, plus mystique et plus obscure que le discours de son maître. Dans un moment où des intérêts si graves étaient enjeu, cet homme, d'ailleurs légiste habile, n'emploie qu'une suite d'allusions et de comparaisons empruntées à l'Écriture , comme s'il vpulait éluder et fuir le véritable sujet de la séance et du discours. C'est * ainsi qu'il célèbre la réunion des deux chambres , sans l'expliquer par aucun motif politique : » Jacob , parlant à son fils Joseph ,
« The ParliamenUry history , v. XXÏ , p. 174. » iWa., p. 175.
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H lui disait : Je ne pensais pas à te revoir toi-même , et ?0}là « que Dieu me montre ta postérité. Il voulait parler de ses « deux fils Éphralm et Manassé. Beaucoup de nous ne peu- « vent-ils pas dire aussi : Depuis quelques années , nous ne M pensions pas à revoir un chef parmi nous ; et voilà que <( Dieu nous a montré un magistrat suprême au milieu de » ses deux chambres du parlement* » L'orateur continue ^es allégories. Le premier chapitre de la Genèse lui sert à peindre, par l'image du chaos, les troubles de l'Angleterre^ et la division en deux chambres ne manque pas d'être com* parée à la séparation des eaux supérieures et des eaux inférieures, au sortir du chaos.
Sans réfuter directement ceux qui murmuraient des imperfections du gouvernement , l'orateur rappelle la lenteur de Dieu dans la création de l'univers. Les six jours lui paraissent un terme de comparaison victorieux, pour justifier le retard et l'ajournement de la liberté.
Cependant, au milieu de ces biiarreries , il compare assez éloquemment l'obstination des Républicains dans la poursuite de leurs chimères, à ces efforts tentés pour rebâtir le temple de Jérusalem , et à cette incrédulité persévérante qui, lorsque les feiix sortaient de la terre et dévoraient les travailleurs, expliquait ce désastre par une cause naturelle, par un accident du sol, et recommençait un ouvrage impossible et condamné.
La théologie, prodiguée dans ce discours, n'empêchait pas l'adresse oratoire ; et sans doute elle en faisait partie. Un des passages les plus remarquables , est une profession de tolérance religieuse. Ce fut la politique du Protecteur d'embrouiller les idées de liberté religieuse et de liberté civile , et de substituer l'une à l'autre dans le fait et dans l'opinion. :ii Si des hommes, d'ailleurs irréprochables, font du céré- <( monial la substance, et mettent tout le royaume de Jésus- •c Christ en formes et en disciplines (quoique ces choses