LIVRE DIXIEME
de ses amis ' qui voulaient conserver au moins les formes de liberté s'y opposèrent , et l'avertirent du danger des dissolutions trop fréquentes.
Cependant , dès le quatorzième jour, recevant de nouveaux détails sur l'agitation des esprits, il part brusquement sans cortège , se jette dans la première voiture qu'il trouve , et ^ suivi du colonel Cromwell, son neveu, et de six de ses gardes, il arrive à la chambre des lords. Prenant Fleetwood à part, il lui annonce qu'il vient pour dissoudre le parlement. A toutes les prières du général pour le détourner de cette résolution , il répond en se frappant la poitrine, et en jurant parle Dieu vivant qu'il va le faire. En même temps il mande les juges, et fait avertir les communes de passer dans la salle des lords. Les communes aussitôt se rendirent près de cette autre chambre, dont elles étaient encore occupées à discuta le titre et l'existence.
Le Protecteur prononça une harangue remarquable par la diversité des tons.
Rien n'est plus doux et plus humble que le début. Il es** pérait que cette réunion du parlement serait une grande bénédiction.
« Je puis affirmer, dit-iP, que j'aurais été plus content •( de vivre à l'ombre de mon petit bois , et de garder un « troupeau de moutons, que de me charger d'un tel gouver« « nement. »
Dans la suite du discours , l'institution de cette chambre des lords, qui avait blessé la jalousie démocratique, est jus-^ tifiée avec beaucoup d'adresse ; et Cromwell touche à l'endroit sensible cet amour de l'égalité qui commence les révolutions et qui leur survit.
« J'ai choisi pour former cette chambre , dit-il, des per- « sonnes qui peuvent nous rencontrer partout, et mettr#
« Whitelocke^s memorial8 , p. 673.
* The Parliamentary history, v. XXI, p. 300.
ic leurs mains dans la vôtre ; des hommes de votre rang et « de votre qualité. » Puis tout à coup, révélant sa colère et ses craintes , il dénonce avec violence les intrigues essayées dans l'armée pour renverser l'ordre actuel , le projet de fabriquer une nouvelle république, qu'il définit le moyen pour quelques hommes de mener tous les cmtres; enfin les eiforts tentés pour associer l'armée à ce projet. «Ces « cboses-là, dit-il \ ne tendent qu'à jouer le jeu du roi d'Éu cosse, et je me crois obUgé devant Dieu à faire ce que je « puis pour les prévenir. Ce que je vous ai dit à White- «c Hall est véritable ; il y a des forces préparées pour nous « envahir. Dieu m'est témoin qu'il m'a été confirmé que le « roi d'Ecosse a sur les côtes une armée prête à s'embar- «c quer. Je le sais de témoins oculaires ; et pendant qu'il en « est ainsi, il y a des tentatives de la part de gens qui ne sont « lias loin de moi, pour exciter le peuple de la ville à des « troubles , je pourrais dire à une rébellion. J'espère mon- « trer qu'ils n'ont pas pris le bon parti , si Dieu m'assiste, «c Non-seulement vous vous êtes efforcés de pervertir Tarte mée , depuis le temps que vous siégez , et de l'engager à tt élever la question de l'établissement d'une république ; « mais quelques-uns de vous ont enrôlé avec des commis- « sions de Charles Stuart, pour se joindre aux insurrections « qui peuvent se former. Que peut-il en résulter, l'ennemi M étant près de nous envahir? du sang et du désordre.... Si tt tel est le but de vos séances , si telle est votre conduite, M je pense qu'il est grandement temps de mettre fin à votre •t réunion , et je dissous ce parlement. Que Dieu soit juge u entre moi et vous. » — Beaucoup des députés repondi- « rent : jàmenl
Cette violence excita de grands murmures, et fut désapprouvée des plus fidèles amis du Protecteur, sans qu'on
* The Pariiamentary bisiory,y. XXI, p, 303.