‹ Histoire de CromwellChapitre 167 sur 222 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

puisse la regarder comme une faute dans la situation de Crcmlwell. Il y a des symptômes de péril, dont Thomme qui tient le pouvoir est le meilleur juge par un instinct de conservation, plus sûr que tout conseil étranger. S'il les arrête à temps , on accuse ensuite sa politique , précisément parce que les conséquences qu'elle a prévenues ne paraissent pas.

Dans l'agitation où la résistance du parlement jetait l'Angleterre , dans le mécontentement de tous les partis, on ne peut calculer quels mouvements aurait excités la présence de Charles avec une armée de dix mille hommes.

L'idée seule qu'il commandait quelques troupes sur les côtes de Flandre avait ranimé l'espérance d'une foule de sujets fidèles. Les communications royalistes, qui ne cessèrent jamais pendant la durée du protectorat, mais dont Cromwell tenait tous les fils, avaient pris une activité nouvelle. Lord Ormonde , proscrit par la République, venait de parcourir secrètement l'Angleterre au nom de Charles II , et il avait trouvé des dispositions prêtes à éclater si le roi paraissait. Les partis se découvraient avec cette hardiesse, avant -coureur ordinaire du danger, et qui, lors même qu'elle n'en est pas le signe, en deviendrait bientôt la cause. Mille -bruits sinistres menaçaient la vie du Protecteur. Un pamphlet adressé à Cromwell, sous ce titre : Tuern'estpas assassiner, se répandait dans les trois royaumes , et provoquait sous la forme d'une plaisanterie un meurtre que le fanatisme et la vengeance pouvaient facilement inspirer. Quelques Républicains enthousiastes , sans s'inquiéter des périls qui leur étaient communs avec le Protecteur, se livraient tout entiers à leur haine. Une pétition devait être présentée à la chambre pour demander le rétablissement de la République. Harrisson \ armé de son inflexible bonne

' Wbitelocke^s mémorial* , p. 673.

foi, était au fond de tontes ces intrigues avee d'anelens valeurs depuis longtemps repoussés par Cromwell, et ieiit influence s'étendait sur beaucoup d'officiers de l'armée.

On ne peut révoquer en doute la grandeur du péril ^ lorsqu'on voit le Protecteur contraint de se défier de sa propre garde, et renvoyant, aussitôt après la dissolution du parlement , le colonel et cinq officiers de son régiment de cavalerie. Thurloe observe que ces officiers étaient Anabaptistes. C'était la secte la ^ios Mbre , la (tes irrégulière daito le dogme, et par conséquent la plus républicaine dans une révolution foute reUgîeuse.

nbôs sit6t qu'il eut brisé le parlement , Gromwell rei^rit sa domination naturelle sur l'armée. Ayant réuni à Whfte^ Hall tous tes officiers , il leur fit une longue barai^^ue qm Ait reçue avec enthousiasBoe , et suivie du serment de vîTre et de mourir pour lui. On remit Harrisson en prison, d'oà il n'était jamais sorti que pour former de nouveaux watplots, sans que jamais le Protecteur osftt faire praiir de mort cet incorrigible martyr de la liberté, que l'ardeur même de son zèle rendait un conspirateur peu dangereux. On défendit toute assemblée particulière formée sous prétexte de prédication. Ainsi la dissolution du parlement, et quelques actes de sévérité, dissipèrent ces nuages de méeeilentenieiit amassés de toutes parts : et GromweH, après celte éprrave, parut quelque temps s'être raffermi dans le pouvoir, en brisant la constitution qu'il avait ftnte pour se souteaii .

Bans l'incertitude où il laissait les esprits sar la fonnation d'un nouveau parlement, il eut soin d'appeler à lui ce qu'il y avait d'autorités démocratiques dans Londres, le lordmaire et le conseil commun. Les ayant réunis avee les priapaux officiers de l'armée , il fit à cette assemblée un discours sur les dangers de l'état, les efforts du parti royaliate^ il parla du voyage d'Ormonde à Londres; il exagéra le danger de l'invasion de Charles Stuart ; il annonça les préparatifs

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