LIVRE DIXIÈME
de son expédition, et finit par exhorter fitement Tadministration municipale de Londres à placer le commandement de la milice dans les mains d'hommes pieux et régulier s, éloignés de tout esprit de faction et dévoilés au gouTcr^ nement. Mais le moment était déjà passé pour Charles d'essayer une entreprise dont Cromwell donnait ainsi le plan détaillé, et qui, dans toute circonstance, était pleine de périls et d'incertitudes. Les flottes anglaises auraient arrêté sans peine ce coup d'audace , qui ne pouvait réussir que par surprise. Charles , spirituel et brave , manquait d'aifleurs de toutes les qualités dont la réunion même n'aurafit pas suffi pour un dessein si hasardeux. Il attendit toujours quelque circonstance favorable , un retour de la natira , la mort dtl Protecteur. Il se flattait à la vue des agitations du goûter-^ nement si variable de Cromv^ell , et comptant parmi ses^ chances de succès l'instabilité même de l'Angleterre, il ne désespérait pas assez de la couronne pour en tenter la conquête aussi témérairement que le fit dans la suite le plus digne et le dernier des Stuarts.
Tous les projets de Charles étaient d'ailleurs déeoùcettéi par la surveillance dont le Protecteur l'entourait. En vairi un des officiers de Charles, Manning, convaincu d'être Tespion de Cromwell , avait péri du dernier supplice : Wfllîs était toujours le confident de Clarendon et le correspon-' dant de Thurloe. L'or de Cromwell trouvait d'autres traîtres dans cette cour errante et pauvre. Le Protecteur était instruit des circonstances le plus secrètes de la vie du jeûner roi. On raconte à ce sujet, qu'un noble anglais, ayant obtenu la permission de voyager, sous la condition de ne pas aller voir le Prétendant , avait pris les plus singulières précautions pour manquer impunément à cette promesse. De retour à Londres, il est interrogé par le Protecteur, qui, sur sa réponse , lui dit : « Il est vrai que pour tenir votre » parole vous avez été introduit sans lumières, et que votre
u entrevue a eu lieu dans Tobscurité , » et en même temps illui rapporta toutes les circonstances de l'entretien. Satisfait d'effrayer le jeune roi par cette présence invisible au milieu de ses conseils, Gromwell n'abusait pas des révélations qu'il obtenait pour exercer des vengeances. Il aimait mieux savoir les complots que les punir. On a pensé même que cette politique était une des conditions de son traité avec avec l'infâme Willis , et qu'elle servit à en assurer le succès et la durée. Il est certain que le Protecteur, instruit de la présence d'Ormonde à Londres, évita l'occasion de le faire arrêter. Il se contenta d'annoncer ^ en plaisantant cette nouvelle à lord Broghill. « Un de vos anciens amis , lui ditil, vient d'arriver à Londres, n et il nomma le marquis d'Ormonde ^ tandis que Broghill effrayé protestait qu'il n'avait aucune connaissance de son voyage. « Je le sais, dit Grom- « well, mais si vous avez envie de sauver votre ancien ami, « faites-lui savoir que je n'ignore pas où il est, et ce qu'il « veut faire.)» [1657.] En même temps il lui indiqua le lieu où le marquis d'Ormonde était descendu ; et de cette manière il favorisa lui-même la fuite de ce seigneur proscrit. Un trait d'indulgence non moins remarquable dans un système de proscription et de tyrannie, c'est queCromwell. laissant vivre à Londres la femme du marquis d'Ormonde, dont tous les biens étaient confisqués, lui faisait exactement payer une pension de deux mille livres sterling.
Pendant cette même guerre qui lui Ai surveiller de plus près de la cour de Charles II, Cromwell , portant partout sa vigilance et ses moyens de corruption, apprit que les Espagnols devaient envoyer par un vaisseau hollandais la solde des troupes de Flandre. Il le fit aussitôt poursuivre, et enleva l'argent espagnol, sous le pavillon ami qui le protégeait.
Cromwell s'occupait lui-même de tous les détails de cette
» Budgeirs inem<^ir$ of the boyfes • p. S9.