‹ Histoire de CromwellChapitre 169 sur 222 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

inquisition qu'il étendait aux principales cours de TEurope et aux différents partis de l'Angleterre. Il communiquait avec des hommes inconnus, admis un moment jusqu'à lui et qui rentraient dans la foule. Thurloe lui-même n'était associé qu'à demi dans ces confidences , et recevait des ordres dont il ne connaissait pas le mystère.

Les défiances de Cromwell, et le dangereux dépôt de ses secrets, menaçaient quelquefois la vie de ceux même qui le servaient avec le plus de zèle. Une nuit, étant venu ^ fort tard dans le cabinet de Thurloe, pour lui donner des instructions importantes, après la première chaleur de l'entretien, il s'aperçut de la présence d'un homme, qui paraissait endormi dans un coin de la chambre. C'était Moreland, le secrétaire intime de Thurloe, envoyé souvent par le Protecteur dans les cours étrangères. Cromwell tira aussitôt son poignard, et il allait frapper cet homme, sans les prières de Thurloe, qui l'assura que Moreland était tombé de sommeil, après un travail excessif de deux nuits, et qu'il dormait bien véritablement.

Cependant Charles, mal secondé par l'administration des Pays-Bas, ayant quelques troupes et point d'argent, voyant la Flandre chaque jour plus menacée par le progrès des troupes françaises, avait résolu de passer en Espagne, et d'y chercher près du roi lui-même plus de zèle et d'appui. La crainte ' que son absence n'offrit à son frère le duc d'York quelque occasion glorieuse, lui fit abandonner ce projet : et il resta dans Bruxelles , occupé de négociations , auxquelles on essayait d'intéresser le Souverain Pontife. Le secours facile, mais si dangereux des catholiques irlandais séduisait Charles. Un cardinal inspirait cette fausse politique aux conseils du jeune roi. C'était ce même cardinal de Retz, banni de France parle mauvais succès de sa lutte

» A critical view of the life of Cromwell , written by Banks, p. 207. * A collectioo of letters published by Thomas Carte , t. U » p. 137,

Aontre rautorité royale , et qui maintenant occupait les loties de son génie factieux à former des projets pour le rétablissement de la monarchie en Angleterre. [1657.] Mais , durant ces ?aines agitations , la destinée amenait un dé* nouement plus naturel.

Le Protecteur paraissait raffermi dans son pouvoir. Aucun des périls qu'il avait annoncés lui-même ne se réalisait : et ces alarmes n'avaient servi qu'à réunir plus étroitement autour de lui des hommes qui, liés à sa fortune et à sa personne , mais souvent opposés à son pouvoir, par ambition, par fierté, par conscience, faisaient aujourd'hui tout céder à l'intérêt d'une défense commune. Fleetwood , ce républicain enthousiaste , qui avait presque conspiré pour prévenir l'élévation de Cromwell au trône, et qui naguère encore s'opposait à la brusque dissolution du parlement, forcé maintenant de soutenir ce qu'il avait blâmé, fit présenter au Protecteur, par tous les officiers de l'armée, une adresse dans laquelle ils protestaient de lui demeurer fidèles, et lui engageaient solennellement le secours de leurs bras et de leurs prières , pour seconder l'œuvre de sa vocation. Le même exemple fut donné par Monk et par Tannée d'Ecosse. Il n'y eut pas jusqu'à la garnison anglaise de Mardike qui ne se crût obligée d'envoyer une adresse au Protecteur.

Chose remarquable que le Protecteur, après plusieurs années de puissance civile, retombât ainsi dans les premières voies de son élévation , et fût rejeté sur ses premiers appuis ! C'était sans doute une grande force personnelle , que de maîtriser cette armée turbulente et fanatique. Mais c'était un grand symptôme d'instabilité, que ces perpétuelles ratifications de pouvoir qui semblaient émaner d'elle seule. Dès lors il était visible que l'armée restait maîtresse de la révolution, et qu'elle pouvait la livrer à d'autres, sans en excçpter Charles II. Cromwell sentait bien ce péril ; et

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