LIVRE DIXIÈME. S
tout son iNTOtectorat fut un long effort pour fonder çuelfiie pouvoir dyil. Le ?ice de l'usurpation rendait ce pro- MéBie insoluble. De là sous Gromwell e^te excellente eomposition de la magistrature, et cet abus des cours spéciales ; ce système d'élection plus populaire , et cette tyrannie des majors- généraux; ce retour opiniâtre vers les parlements , et ces épurations ari)itraires , ces dissolutions violentes; cet essai d'une chambre des pairs, et cette suspension de tout pouvoir civil, ce recours au seul appui de la force militaire.
Gromwell, ne pouvant désormais espérer d'autre appui fue le dévouement, parut se départir du système d'indul^ gence, qu'il avait longtemps opposé aux conspirations impuissantes des amis de Charles II. Dans ce nombre se trouvaient alor$ des hommes attachés d'abord à la cause de la révolution, et que la tyrannie du Protecteur, ou l'ambition de rendre un grand service avait rcjebés dans le parti royal. L'animosité contre un ennemi commun avait inspiré aux divers partis une confiance mutuelle , qui les trahit plus d'une fois. Beaucoup de gens croyaient s'accorder, parce qu'ils se plaignaient ensemble. Le fils de l'un des juges les plus acharnés du dernier roi, Stapley , s'était introduit dans une association déjeunes seigneurs royalistes, qui distribuaient au nom de Charles des commissions et des titres pour une armée secrète , qu'il s'agissait de former en Angleterre, sous les yeux vigilants du Protecteur. Ce projet était toujours soutenu par l'espérance du débarquement ie Charles II. La conspiration n'alla pas plus loin. Stapley voulait rester fidèle ; mais dénoncé lui-même et mandé par Cromwell , il se trouva faible devant l'homme qui avait été l'ami de son père , et qui disposait de sa vie. Il nopma tous les conjurés, et désigna comme leur chef sir Mordant, fiLi de lord Péterborough , allié de lord Ormonde, que sa grande jeunesse avait éloigné des guerres civiles.
Lord Ormonde , à son dernier voyage , avait remarqué * avec douleur peu de concert et d'habileté parmi les chefs du parti royaliste. La suite le prouva. Nulle grande entreprise ne fut formée. A la même époque où Mordant était découvert, on conduisit à la Tour Henry Slingsby, qui avait essayé de séduire quelques officiers de la garnison de Hull, où déjà il était prisonnier, et le docteur Hewet, ecclésiastique vertueux, prédicateur célèbre, fort zélé pour le roi , auquel il faisait passer des secours d'argent , contribution volontaire des royalistes fidèles.
La vérité de ces accusations n'était pas douteuse ; mais Cromwell , n'osant se fier à l'indépendance d'un jury , rappela l'usage de cette haute-cour dont les fonctions terribles demeuraient suspendues , et comme oubliées , depuis plusieurs années. Les plus honnêtes gens de son conseil •, qui voulaient le servir par des formes légales, peu compatibles avec l'origine de son pouvoir, s'opposèrent vainement à cette résolution. Cromwell répondit aux représentants de Whitelocke , en le désignant pour faire partie de la haute-cour; mais il refusa de siéger, et laissa le déshonneur de la présidence à Lisle, qui avait été l'un des juges du roi, et qui, n'ayant pas eu assez de force d'àme pour rester républicain, s'était condamné dès lors à obéir plus que tout autre aux volontés de Cromwell.
•Les trois accusés, paraissant devant la haute-cour, sans s'être concertés , sans se connaître , réclamèrent d'abord le jugement par jury , droit naturel de tout Anglais , invoqué, comme nous l'avons vu, dans le conseil même du Protecteur. [1657.] Cette puissance des anciennes institutions est un des caractères de la révolution anglaise. Cromwell n'eut pas dé plus grand obstacle à vaincre que ces habitudes de liberté , enracinées dans la nation par un long usage , et qui
■ A collection of letters published by Thomas Carte , v. II , p. 142.
■ WhiteIocke*s memorials, p. 674.