LIVRE PREMIER
La paix élait le vœu le plus ardent de ce Fakiand , que rhistoire n'a pas trop loué en disant, que la perte ^ d'un tel homme aurait suffi pour déshonorer la guerre civile. Profondément attristé des malheurs de l'état , quel que fût le vainqueur, il invoquait, il conseillait toujours la paix; et, dans l'intolérance des partis , il se justifiait de cette vertueuse horreur pour la guerre civile, en cherchant plus qu'un autre l'occasion d'y mourir.
Les dangers du parlement amenèrent le retour d'un nouvel ennemi , dont la présence avait commencé tous les troubles. L'Ecosse, révoltée sans être en guerre, ne dépendait plus ni du roi, ni du parlement de Londres. Une assemblée des états, formée dans ce royaume, y dominait au milieu de l'anarchie féodale et des factions religieuses. Ce fut à elle que s'adressa le parlement de Westminster pour obtenir un secours, et pour solliciter une seconde invasion en Angleterre. Les Écossais demandaient pour prix de leurs efforts la réunion des deux Églises : elle fut ratifiée par un covenant qui lia les intérêts et les croyances des deux peuples , et sembla consacrer le triomphe de la secte presbytérienne. A cette condition , l'Ecosse fit marcher au secours du parlement une armée de dix-huit mille hommes , dont les frais devaient être acquittés par l'Angleterre. [1643.]
Cromwell, gouverneur de l'île d'Ély, et autorisé à y lever des contributions pour ses troupes, continuait la guerre de partisan : il obtint quelques avantages dans le comté de Lincoln , et battit un détachement de l'armée royale , que New - Castle avait envoyé , sous les ordres de son frère le lieutenant-général Cavandish , pour reprendre la ville de Gainsborough, occupée par les troupes parlementaires.
" Clarendon^s bistory, p. 351.
Ce fut^ dit Whitelocke % « le début de sa haute fortune , K et il commença dès lors à paraître au monde. Il avait un «( régiment de ses compatriotes, la plupart propriétaires, « qui , pour les choses de conscience s'engageaient dans » cette querelle sous sa direction. »
Quelques historiens * ont ayancé que Cromwell , après ce combat , fit massacrer le général enneini avec tous les prisonniers. Ce fait nous parait douteux; car il n'est pas rapporté dans la relation adressée par Cromwell au parlement ; et dans ce siècle de fanatisme et de sang , on se serait vanté d'une barbarie avec autant de joie qu'on l'aurait commise. Cromwell, après cette première victoire, se rétrouvant vis-à-vis de l'armée de New-Castle, se replia, mais en bon ordre, et vînt, après deux jours de marche:, rejoindre près de Boston le comte de Manchester, qui avait Htûporté plusieurs avantages signalés , et le chevalier Fairfax, qui commençait cette grande fortune militaire , dont il fit si peu d'usage.
New-Castle suivit Cromwell^ et détacha contre lui un corps de cavalerie pour l'attaquer avant sa réunion à Manchester. Cromwell, âù premier choc, renversé de cheval, courut le plus grand péril. Son bonheur et son coUrage le sauvèrent; et remontant sur le cheval d'un dragon, il poussa vivement les troupes royales qui furent vaincues, et laissèrent leurs plus braves gentilshommes sur le champ de bataille.
Réuni à son général par une seconde victoire , Cromwell prit part à la prise de Lincoln, et au siège de la ville d'Tork. Cette ville était depuis quelque temps investie par les troupes de Manchester, de Fairfax, et par l'armée d'Ecosse, qui venait de pénétrer sans obstacle en Angleterre. Le prince Robert, l'un des parents et des généraux dé Char-
' Whitelocke'8 memorials , p. 81-88.
» Warwick's memoirs , p. 252,