LIVRE DIXIEME
ayant ce terme sa flotte était devant Dunkerque. Dès que la tranchée fut ouverte , il envoya , sur la prière de Turenne , un nouveau secours de deux mille hommes, toujours à la solde de la France, et jouissant d'une paie deux fois plus élevée que celle dey troupes françaises, avantage rigoureusement exigé par le Protecteur.
Les Espagnols, qui avaient trop longtemps négligé de fortifier Dunkerque, attachant un vif intérêt à la conservation de cette place, rassemblaient toutes leurs forces pour la secourir. Don Juan, leur général, s'avançait avec 30,000 hommes, le prince de Gondé, que la haine de Mazarin retenait encore dans les rangs ennemis, le duc d'York, et le duc de Glocester, chassés de France par les ordres de Cromwell. Cependant le Protecteur, instruit de la présence de Louis XIY dans Calais , lui avait d'abord envoyé son gendre lord Falconbridge, qui, par l'accueil et les honneurs qu'il reçut , éprouva l'ascendant qu'avait le nom de Cromwell sur la cour de France. Cet ambassadeur rapporte avec ostentation ^ daus ses lettres, que le jeune roi se tenait la tête découverte en lui parlant ; et que le cardinal de Mazarin affectait de le reconduire jusqu'à sa voiture, déférence que le cardinal, dit-il ' , n'avait pas même pour le roi.
Du reste, cettejambassade, de la part de Cromwell, cachait son inquiet empressement pour hâter et surveiller la prise de Dunkerque. [1658.] Ces précautions n'étaient pas superflues ; et la fermeté impérieuse des agents de Cromwell servit beaucoup à donner à la politique et aux armes de France cette activité que l'on ne porte guère dans une entreprise dont on ne doit pas profiter. Dans les premiers conseils, on avait résolu d'interrompre le siège si l'ennemi se présentait; mais Lockart, et le colonel Morgant qui commandait sous lui , revinrent avec force contre cette ré-
» TbupIoe'S8tatepaper8,p. 158.
» iWa., Y. VII , p. 158.
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jM>Iution, alléguant : « qu'il y aurait déshofioeor potit la « couronne de France; «et finissant par déclarer : «que si les «( Français levaient le siège, l'alliance a? ee l'Angleterre sea rait immédiatement rompue. » Le siège fut poussé |iiii$ viTcment; et lorsque don Juan, qui, parti trop tard, s'était avancé à grandes journées et sans son artillerie, partit près de Dunkerque, le général français, sans interrompre les travaux du siège, vint offrir la bataille. [16S8.] Les deux armées étaient fortes ; et les deux plus habiles géméraiii d6 l'Europe qui s'étaient exercés ensemUe, et l'un contre l'aotre , se trouvaient dans deux camps opposés; mais le prince de Gondé, objet de défiance et d'envie , n'avait d'autres autorité dans l'année espagnole que de protei^r eewiré lés fautes et de prédire les revers. Dés qu'il etit examiffé h position de deux armées : « Avez-vous jamais vu une bataille « perdue? dit-il au duc dTork; eh bien! vo«ra aUet tù « voir une. »
Turenne justifia la prévoyance de son iDustre adversaire: et cette journée, connue sous le nom de bataflUedesIMRM, devint un des titres Jle sa gloire , particulier emeaft piMir avoir vaincu Condé. Lockart , qui formait Taile gauche avec la colonne anglaise et trois mille Français , défit après oa rude combat l'aile droite des ennemis où com«na»dalt don Juan d'Autriche , et le duc dTork. La vanité anglaise a voulu même s'attribuer tout l'honneur de cette viefoîre; et suivant les rè(9ts des o£Bciers de Gromwdl, Turenttey pressé par l'aile gauche espagnole , sous les ordres de Condé , reçut à propos le secours des Angtois déjà vrinqueurs. [1658.] Il parait plutôt, par le témoignagne de Gondé , que tout le succès de la journée Ait dû à ThriMMé du général français ; son humanité honora cette vîeteire. Les Anglais , nourris dans le fanatisme et la ftireasr des guerres civiles, s'acharnaient sur les Espagnols vaincus avec une barbarie qua Turenne eut besoin de rèprinoter, en par-