LIVRE DIXIÈME. W
eouraût le champ de bataille pour leur af racber teâ armes des mains. Ils avaient d'ailleurs montré dans ce combat une rare valeur. L'ambassadeur Lockart , qui commanda durant toute Faction^ vit tuer autour de lui ' la plupart des officiers de son régiment. Pendant cette bataille qui détruisit pour les assiégés toute espérance de secours, la garnison de Dunkerque fit une sortie , renversa les lignes et piUa les bagages des vainqueurs. Mais Turenne , délivré de Tarméei espagnole, reprit le siège avec vigueur; [16S8] et le brave marquis de Leyde ayant été mortellement blessé dans use sortie , la ville se rendit au général français.
Un historien anglais a raconté que le cardinal avait en alors une forte tentation de garder pour la France une si belle conquête, et que les ordres qu'il avait donnés à ce sujet ayant été livrés à Gromwell par l'infidélité d'un secré^ taire ^, le Protecteur fit exécuter par menace une promesse^ que Mazarin eut l'humiliation d'avoir voulu inutilement violer ; et ce récit est appuyé de ces circonstances exactes qui donnent à l'histoire un air de vraisemblance, et qui souvent attestent bien plutôt la fiction , par l'impossibilité de connaître tant de détails minutieux et domestiques.
Smolett a même cité une lettre outrageuse qu'il suppose^ écrite par Gromwell au cardinal Mazarin. La timidité que Ton remarque dans toutes les relations de Mazarin avec Cromw^ell , laisse douter qu'il ait jamais conçu le projet d'une infidélité si hardie. Il est vrai que Mazarin , après la bataille des Dunes , envoya le duc de Créqui, l'un des hotnmes les plus illustres de la cour et de l'armée , en ambassade solennelle auprès du Protecteur; mais il n'est pas possiWe de voir une réparation et une excuse dans cette ambassade qui précéda la prise de Dunkerque. C'était un honn«^*''>
« Thurloe*s state papers, v. VII, p. 155, 156. > A criticaJ review of tbe life oi Gromwell, p. 1I6«
que le roi de France devait rendre, en retour de la mission de lord Falconbridge.
L'exagération italienne des compliments de Mazarin donna seule à cette ambassade un caractère peu digne de la couronne de France. Son neveu Mancini était chargé d'une lettre pour le Protecteur, dans laquelle Mazarin regrettait d'être retenu par l'indisposition du roi , alors malade à Calais , et de n'avoir pas eu la liberté de passer en Angleterre, pour rendre ses respects à l'un des plus grands hommes qui aient jamais existé , et à celui qu'il eût le plus ambitionné de servir après son maître. « Privé de cet honneur, disaitft il , j'envoie la personne qui me touche de plus près par « les liens du sang, pour exprimer à Votre Altesse toute la <( vénération que j'ai pour sa personne, et combien je suis « résolu d'entretenir entre elle et le roi mon maître une V perpétuelle amitié. »
A cette condescendance se mêlait une sorte de fierté, qui annonçait le ministre-roi.
En transmettant au Protecteur une épée qui lui était offerte par le roi , Mazarin y joignit , en son nom , un présent non moins précieux. C'était une riche tapisserie des Gobelins, ouvrage de l'industrie française encouragée par Mazarin.
Le Protecteur accueillit cette ambassade extraordinaire avec beaucoup de pompe et de joie. Il envoya jusqu'à Douvres , au-devant du duc de Créqui , Fleetwood et une nombreuse escorte.
Le duc de Créqui ne resta que six jours à Londres, et repartit comblé d'honneurs et de présents , après avoir épuisé le cérémonial de la cour, et fait une visite d'étiquette à lady Rich et à lady Falconbridge , filles du Protecteur.
[1658.] Cependant la reddition de Dunkerque ne souffrit pas de délai; et Lockart n'aperçut dans Mazarin aucune hésitation sur le point principal, quoiqu'il se plaignit d'avoir