LIVRE DIXIÈME
avec lui beaucoup de débats particuliers , et qu'il vit éclater dans toute Tannée française le dépit de perdre une si belle proie. Le 14 juin , le roi de France fit son entrée dans Dunkerque; et le lendemain il remit lui-même les clefs de la ville à Lockart % qui en prit possession avec les troupes anglaises.
Le roi avait stipulé pour les vaincus la conservation de leurs privilèges, et l'entière liberté de leur culte. L'armée anglaise ne s'en livra pas moins à des violences qui furent promptement réparées ; mais , dans l'esprit du temps , on reprocha beaucoup à Mazarin d'avoir ainsi livré à des sectaires une ville catholique. Ce ministre n'en recueillit pas moins les fruits d'une politique dont l'avenir aurait peutêtre découvert la faiblesse et le danger , si Gromwell avait vécu. La France, aidée par les armes du Protecteur, poursuivait la conquête de la Flandre et affaiblissait , en s'agrandissant, la monarchie espagnole. Mais il fallait compter pour beaucoup, dans les mains ambitieuses de Gromwell , jjl possession de Dunkerque, et ce commencement de pi%!}voir sur le coMinent. La joie qu'il en ressentit , l'activité de ses ordres ' , pour assurer et fortifier cette conquête , attestent qu'il ne voulait pas s'y renfermer. L'Espagne était maintenant assez humiliée , pour qu'il consentit à traiter avec elle ; et l'on peut trouver vraisemblable la conjecture d'un historien qui croit que Gromwell , après avoir pris Dunkerque par les mains des Français , aurait conquis Calais avec ou sans le secours des Espagnols. Mais ces conséquences n'eurent pas le temps de paraître. Les événements changèrent. L'oisive prx)digaiité de Charles II rendit à la cour de France ce qu'avait conquis la politique de Cromwell.
Jamais les prospérités et l'ascendant du Protecteur n'avaient paru mieux affermis. Continuant, après la prise de
' Thurloe's state papers, f , VU, p. 192.
■ 7Wd.,p.712,714.
890 HISTOIRE DE GROMWELL.
Dunkerquei, d'associer ses troupes à l'armée françaiie et aux suecês de eette campagne , il pouvait préieyer enoore sur les conquêtes de Turenne le prix de son alliance, ou vendre chèrement aux Espagnols son changement et son appui. [16S8.] La supériorité de ses flottes et la terreur de ses victoires lui assuraient le respect de la Hollande; et tel était scnft empire sur les états-giênérauX) qu'il oUigeait cette République , le refuge dé tous les batinis et de tous les cultes rèl%ieux , de défendre que le nom de Charles fût mêlé dans àttcûn temple aux prières publiques. Par une influenee îàppBquée à de plus gnv^ objets, il se rendait médiateur entre la ffollaûde et le Portugal , qui étaient également soumis à son alliance ; et il intervenait , par ses ambassadeurs, pour apaiser les difPérends de la Suède, son ancienne alliée; et de Félecteur de Brandebourg, qui avait recOtou avec empressement son élévation au protectorat. Lttalie le regardait avec terreur comme le fléau du catholibiitoe ; et c'était le bruit de l'Europe , qu'U portiafait bienMC la guerre jusqu'à Rome.
B^s ce rapide progrèi^ des ariânes britanniques , tes arts de la paix furent cultivés en Angleterre avec plus d'édat que ne semblaient le permettre l'âpre violetice du gouver* nement militaire , et la tristesse de l'esprit dé secte. Crenwetl, sans connaître les lettres autrement que par l'étude eohtentieuse de la théologie, lés favorisa de ses bienfefts. L'université de Cambridge, dont il était chancelier, reçut de lui des mànuscrïts précieux. Daâs l'année la plufs active de son règhè , au înilieu de là guerre de ï'iaiiâre et des agitations intérieures de la République , on le voit occupé de fonder à grands frais ^ un collège dans la ville de Dnrham, pour faciliter les études classiques à la jeunesse du nord de l'Angleterre. H étendit cette protection jus^'à llrlande, et
' The Parliamentary hûtory, v. XVI , p. 540.