‹ Histoire de CromwellChapitre 177 sur 222 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

poésie , et dans les grandes actions du Protecteur un éclat et une sorte de prodige qui pouTaientla séduire et l'inspirer. Mais on est assez surpris de trouver, dans les recueils du temps, des vers à la louange de Cromwell, composés par le sage Locke, si longtemps le maître de la philosophie moderne. Cromwell combla Waller de ses faveurs. Un autre poète célèbre, Gowley, tout à la fois Jun. des corrupteurs et l'un des premiers maîtres de la poésie anglaise, ne reçut de GromvireU que des persécutions, qu'il mérita par son courage. Lié par reconnaissance à la cause des Stuarts, Cowley avait suivi la reine Henriette en France , et pendant la dernière année de la guerre civile , il avait été ^ l'intime confident de toute la correspondance pour les intérêts delà cause royale. De retour en Angleterre , vers l'année 1656 , il excita la défiance du Protecteur, qui le fit arrêter, et ne le laissa sortir de prison que sur une caution de mille livres sterling fournies par un de ses amis. Aigri par ce traitement , Gow^ley n'a pas ménagé la mémoire du Protecteur; mais il semble que son imagination éblouie ait trompé sa haine; et les traits dont il a peint Cromv^ell dans une fiction assez bizarre *, où il se représente lui-même conversant avec le matwais génie de cet homme extraordinaire, défigurent moins sa s^andeur, qu'ils ne servent à lui donner de l'éclat et de l'originalité.

Un autre poète éprouva la sévérité du Protecteur, c'était Davenant qui , dans la guerre* civile , avait combattu pour la cause royale, et qui faisait des comédies, deux crimes à peu près également irrémissibles aux yeux des Républicains rigides. Ayant suivi la reine Henriette en France, le malheur et l'oisiveté le déterminèrent à tenter une expédition de commerce en Virginie; son navire fut pris par les vaisseaux de la République ; il resta longtemps prisonnier

' MiKellanea aulica , p. 150, etc.

> Gow]ey*s works , v. H, p. 634.

8M HISTOIRE DE CROMWEIL.

dans la Tour de Londres, et n'en serait sorti que pour pa* raltre devant la haute-eoiur \ sans l'appui fraternel de Wir ton *, qui s'intéressa pour un poète*

Une ordonnance sévère, et l'esprit du temps, ptus rigoaceux que la loi, supprimaient tous les théâtres, et défèn daient toute oomposition dramatiqiie, comme une œuvre profane et impie. La scène était interdite même au génie de Shakspeare , fit cette circonstance explique l'interruptioa que l'on trouve dans la gloire de ce grand poète, à une époque encore voisine de celle oU il avait vécu, et dans un -temps qui semblait si bien assorti à la sombre énergie d9 ses ouvrages. Mais se figure*t-on l'élévation sanglante de Macbeth, et le seeptre qui le poursuit, rep^résentés devant Cromwell, ou la résistance hypocrite de César étalée sur la scène, tandis que le Protecteur hésitait a prendre la couronne?

Les pièces de Davenant n'auraient pas été si redoutables pour le Protecteur ; mais tel était l'esprit du temps , que k publication mâne d'un opéra de ce poète parut un scandale. « M. Davenant , dit Whitelocke , vient de faire im- «( primer son opéra, malgré la délicatesse scrupuleuse du M temps '« » Aprèsavoir langui sous ce règne, si peu fayorabie aux pièces de théâtre, Davenant, h l'époque de la restauration, eut le bonheur de sauver à sou tour llîlton , duquel il devait la vie.

Cependant le Protecteur, victorieux et tout-ppissant, était livré aux contrariétés les plus cruelles dans son administ^litien et dans sa famille. Après tant d'épreuves infructueuses , y avait perdu l'espérance de former un parlement docile; et il n'avait pas la force de supprimer cette institution si eh^ie de l'Angleterre. Ses guerres, ses flottes ^ s€s

* Whitelocke*8 memorials, p. 448.

• AlifeofMilton,p.330.

' Whitelocke** memorials, p. 639.

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