‹ Histoire de CromwellChapitre 179 sur 222 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

ses illusions, offrait à Charles un secours plus sûr, et formait, avec les anciens Royalistes, une plus redoutable alliance. Une des circonstances qui marqua le mieux cette alliance, et qui devait le plus inquiéter le Protecteur, ce fut le mariage de la fille de lord Fairfax avec le duc de Buckingham, à Fépoque même où il était menacé d'une arrestation arbitraire. C'est une anecdote remarquable que l'entrevue deCromwell avec l'ancien général de la République, après plusieurs années d'éloignement, et sur une scène si nouvelle. Fairfax venait demander au Protecteur de ne point envoyer à File de Jersey le duc de Buckingham , son gendre. Cromwell voulut reprendre avec Fairfax le langage et les souvenirs des premières années de la révdution. Il affecta le ton de la franchise et de l'amitié ; il lui conseilla ^ <t de faire maintenant ce qu'il aurait fait autrefois ; de se u rapprocher de ses anciens amis , de ceux qui avaient tra- « versé à côté de lui toutes les guerres , de ne pas prêter <{ l'oreille à ceux qui, au contraire, l'avaient poussé à cette » extrémité, et de les regarder plutôt comme les ennemis « de sa gloire et de son intérêt » ; mais les intérêts avaient changé; et la gloire n'était plus la même pour Fairfax, humilié par la présence d'un maître. Fairfax défendit la nouvelle famille, la nouvelle cause qu'il avait adoptée; et ils se séparèrent, sans pouvoir désormais s'entendre ni se tromper.

Le Protecteur ajourna l'ordre d'arrêter Buckingham , et ne s'en souvint qu'au moment où sa santé défaillante le rendit plus sévère et plus soupçonneux. [1658.] Ces emprisonnements arbitraires n'étaient pas aussi nombreux que pourrait le faire supposer l'exercice d'un pouvoir tyrannique et toujours lûenacé. Dans la dernière année du protectorat *, les registres de la Tour de Londres portaient les noms de

» Thurloe^s state papers , ▼. VI , p. 580.

» /5ta., V. vn,p,599.

as» HISTOIRE DB CROUWELL.

mgt-cinq prisonniers, parmi lesquels on peut remarquer Taneien évéque de l'Ue d'Ély , dont la capti?ité durait depiûs seize ans . Cependant c'était alors que les soupçons et les «larmes du Protecteur paraissent portés à Texcès. liOs flatteurs ne manquaient pas pour les augmenter encore. WUtelocke cite à cet égard un exemple qui prouve que Vàme de Cromwellne recevait pas toujours les craintes qu'on voulait lui inspirer. Un envoyé de Christine étant venu de Rome avec une lettre pour parler au Protecteur, quelques membres du conseil affectèrent de craindre que cet étranger, venu de l'Italie, contrée fameuse dans Fart des poisons, ne menaçât les jours du Protecteur par sa seule approche. Cromwdl rit beaucoup de ce zèle extrême , et U reçut en tiers avec Whitelocke ^ le dangereux messager, qui u'avait d'autre mission que de justifier, au nom de Christine, le meurtre de Monaldesehi dont la nouvelle faisait alors l'étonnement et le scandale de l'Europe.

On peut remarquer, au reste , que la vie du Proteeteor, qui semblait si généralen^ent attaquée, ne fut jamais menacée par une tentative réelle. De tant de complots , de tant de projets d'assassinat, aucun ne vint jusqu'à une entreprise directe sur sa personne ; mais s'il prévenait tout par sa vigilance, ou s'il échappait à tout par son heureuse ftirtune, il est un degré d'effort et de fatigue auquel la neiture humaine succombait en lui. Dans un âge voisin de la vieillesse, le Protecteur pliait sous le poids des attires et des mqiiiétudes.Cerôle si pénible, et joué si longtemps, avait usé ses forces : la vigueur de son tempérament était épuisée ; et les tourments de son àme s'augmentaient avee sa langueur.

. Menacé par de continuels complots , effrayé de vivre au milieu des haines innombrables qu'il avait soulevées eontre

■ Vdiitelocke^s memorials, p. 847.

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