‹ Histoire de CromwellChapitre 19 sur 222 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

les, s'avança pour la délivrer de ces attaques combinées. [1644.] Ce prince, d'un courage égal à son dévouement )[>our le roi , n'avait d'autre défaut militaire que cette im- ^atiènice de vaincre , qui souvent fait perdre ou manquer lu victoire. II commandait huit mille hommes. A son appro* ehe , les trois généraux réunis avaient abandonné le siège d'York pour livrer bataille. Le prince Robert défit l'aile droite de l'armée parlementaire, et croyant la bataille gagnée sur tous les poihts, parce qu'on fuyait devant lui, s'abandonna sans réserve à la poursuite de l'ennemi. Les deux généraux parlementaires, Manchester et Fairfax, et le général écossais Leveil, se retiraient. Cromwell, qui commandait l'aile gauche de l'armée du parlement , soutint la bataille contre l'aile droite de l'arméie royale. Il emporta la fbrte position de Marston-Moor, qui donna son nom à cette bataille. Le prince Robert revînt trop tard de son inutile poursuite. Il fut entraîné lui-même dans la déroute de l'armée. Xa moitié des troupes royales périt dans l'action. L'artillerie, les bagages, l'étendard du prince, tout fut enlevé. ^

Quelques conteittporains ^ ont accuisé Cromwell dfe lâcheté dans cette journée , dont le succès lui fut généralement attribué. C'est une Injure invraisemblable et mal choisie. Il est fort difficile à un général de se passer de courage; mais Cromwell avait particulièrement besoin d'un excès d'aiidace , et plusieurs traits de sa vie attestent que la témérité même fut uu de ses moyens. Quant à ces belles paroles que Ton a ttïises dans la bouche de Cromwell, arrêtant Manchester prêt h fuir : « Vous vous méprenez, Myldrd, ce u n'est point là que sont les ennemis, » aucun Mémoire cohtemporain ne les rapporte. Du reste, il n'était ^as besoin de cette noble et dure leçon , pour que la gloire de

' Memoirs of Denzil lord Holles, p. 15.

Gromwell laissât dans le cœur de Manchester un sentiment de jalousie.

Les suites de ce combat furent le découragement et la désunion du parti vaincu. Les, plaintes mutuelles divisèrent les royalistes affaiblis par leur défaite. Le comte de New- Castle, profitant trop vite de l'injustice qu'il éprouvait^, pour se détacher d'une cause malheureuse , quitta l'Angleterre, et se retira sur le continent. La ville d'York, dont il était gouverneur, se rendit, et fut occupée par lord Ferdinand Fairfax, père du chevalier Fairfax, qui servait alors sous lui. La ville de New -Gastle fut prise d'assaut par les Écossais , et la cause royale parut entièrement perdue dans le Nord. [1644.]

La victoire de Marston-Moor, en relevant l'espoir du parlement, fit éclater une politique nouvelle ^. Les haines républicaines se montrèrent avec plus de violence , et passèrent bien aa-delà de la réforme presbytérienne et du covenant y que le parlement venait dci souscrire. La secte des Indépendants se montra plus hardie , et ne cacha plus son dessein de détruire la monarchie et la noblesse.

Gromwell se déclara dès lors l'ennemi de la noblesse et de la chambre des pairs , et adressant à son général luimême ^ cette injurieuse confidence , il lui dit qu'il espérait de voir bientôt le temps où il n'y aurait pas un seul lord en Angleterre , et où lord Manchester ne s'appellerait plus que sir Montagne. G'était une nouvelle question qui naissait de la guerre civile , et qu'avait dû produire la jalouse concurrence des nobles et du peuple , lors même qu'ils paraissaient combattre pour la même cause et partager les mêmes passions.

Les lords et les nobles qui avaient pris les armes contre

« CIarendon'8 history, p. 402.

* Memoirs of Denzil lord Holles, p. 18.

'/Wa.,p.l9.

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