‹ Histoire de CromwellChapitre 185 sur 222 · LIVRE ONZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME

Surchargé de tant de soins, le Protecteur, nitarellemeiit triste et isévère , se liTrait quelquefois à des saillies d'une humeur triviale et bouffonne , comme s'il eût méprisé sa propre fortune autant qu'il méprisait les homines. « Il plai- <i sautait avec nos souffrances % dit énergiquem^nt Cow- « ley, et il aimait à dire ou à faire des choses fantasques et « déraisonnables , ne IFût-ce que pour montrer qu'il avait le •c pouvoir de tout dire et de tout faire. »

Les plus rigoureux ' censeurs , les ennemis même deCrotnwell ne lui ont pas refusé un grand esprit , une admirable prudence , et la plus intrépide fermeté; mais aprds l'audace, le plus puissant ressort de son élévation ftit la connaissance des hommes et de l'esprit de son temps. Cette pénétration, qui lui apprit ce qu'il pouvait espérer du fanatisme, eiplique son hypocrisie , que l'histoire atteste , et qu'<m ne sau* rait mettre en doute sans ôter quelque chose à l'idée de son génie ; car les hommes verront toujours moins de grandeur dans un fanatique de bonne foi , que dans un ambitieux qui fait des enthousiastes. Cromwell mena les hommes par la prise qu'ils lui donnaient sur eux. L'ambition seule lui inspira des crimes , qu'il fit exécuter par le fanatisme des au* très. Dans tout ce qui ne touchait pas à sa puissance, Fesprit généralement moral de son siècle le rendit équitable. La supériorité de sa raison lui permit rarement d'être persécuteur : il ne se vengea d'aucun rival ni d'aucun ennemi, satisfait de les dominer tous. Ses mœurs privées étaienl pures et sévères ; sa courte domination porta l'Angleterre au plus haut point de grandeur où elle soit parvenue, avant de jouir de toute sa constitution , et il n'y a que la liberté qui lui ait été plus favorable que cet odieux despote. La

' This man was wanton and merry inrith our rafferings; fae lo?ed to say and ro do senseless and fantastical things, only to schow his power of doing of saying any tiiing. Cowley^s works, v. U, p. 663.

* Qareadon^a bistory, p. 697.

408 mSTOIRE DE CROMWELL.

force de son génie se montre dans Timpuissance même où il fut d'établir solidement une domination , qu'il garda cependant jusqu'à sa dernière heure, inébranlable dans une autorité toujours combattue , et si puissant qu'après lui son nom régna quelque temps sous la faiblesse de Richard. Plusieurs écrivains anglais ' ont prodigué à Gromwell des éloges excessifs , que la morale repousse. On reprochera toujours à sa mémoire deux grands crimes , qui s'aggravent encore l'un par l'autre , le régicide et la tyrannie.

Le lendemain de la mort de Gromwell , les places publiques retentirent de la proclamation de Richard GromweU^ reconnu Protecteur de la République d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, par le choix du dernier Protecteur, au nom du conseil-d'état, du lord-maire , des citoyens de Londres et des officiers de l'armée.

La déclaration était signée par ?ingt-neuf membres du conseil , seul pouvoir que Gromwell eût pu soufRrir, et réunion composée d'hommes vieillis dans les affaires, et de généraux chers à l'armée. [1658.] On renouvela le cérémonial de l'installation de Gromwell. Le lord-maire présenta l'épée au nouveau Protecteur; le docteur Goodwin prononça les bénédictions et les prières; le commissaire du sceau reçut le serment ; les adresses , les f élicitation arrivèrent de toutes parts : et Richard, sans effort, presque sans volonté, se trouva souverain, en apparence par l'avis de tout le monde.

Ge n'était pas que les Républicains et les Royalistes ne se fussent hâtés de fonder des espérances sur la mort tant désirée de Gromwell. Mais, comme partout où la liberté a été longtemps détruite, il n'y avait alors de puissance et d'union que dans l'armée ; et cette armée , corrompue par un long oubli des droits populaires , également gâtée par

' A critical review of the life of Gromwell^ p. 330.

Page 1