‹ Histoire de CromwellChapitre 189 sur 222 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

était inévitable et invincible. Dans ce péril , Richard consentit à la formation d'un conseil militaire , pour aviser aux intérêts de Farmée. C'était le renouvellement du second acte de la révolution , et le retour de cette concurrence inégale entre le pouvoir militaire et le pouvoir civil. Les officiers s'indignèrent de la lenteur des communes à leur assurer des subsides. Les cottimunes voulurent supprimer une assemblée rivale qui les menaçait ; Richard défendit la réunion des officiers, d'après le vœu du parlement, qui lui conféra le titre de général ; et le lendemain , cédant aux menaces des officiers, il prononça la dissolution du parlement. Lord Broghill, qui était l'un de ses plus intimes confidents, après avoir essayé de le maintenir contre les intrigues des généraux, prévoyant l'impossibilité d'un succès qu'il désirait peu, lui avait conseillé d*appeler le peuple de Londres, fatigué du joug militaire, et de se déclarer pour le roi et un parlement libre. [1658.] Mais, devant cette armée encore si fanatique, l'abnégation du pouvoir que l'on demandait à Richard, n'aurait pas suffi pour faire réussir cette entreprise. Il aurait fallu sans doute une habileté qu'il n'avait pas, et qui ne s'accorde guère avec un pareil désintéressement; et si le jeune Gromwell avait eu assez de talent pour pouvoir ainsi choisir et diriger sa propre chute, probablement il ne serait pas tombé. Quelques officiers attachés à sa cause , Whalley , Goff , lui proposèrent d'autres projets, plus convenables au fils de Gromwell. Le colonel Whalley lui offrit de tuer le général Lambert, réuni maintenant à Fleetwood, et plus dangereux. Richard ne jprit aucune résolution ; et se voyant en butte à ses parents, (devenus ses plus implacables adversaires , sans appui dans l'armée, abandonné par ses propres gardes, n'intéressant personne, parce que personne n'en pouvait rien espérer, il attendit que Desboroug , son oncle , vint lui ordonner de dissoudre les chambres, sous la promesse qu'à cette condi-

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tion tes ottciers auraient soin de lui. A ce dernier moment Richard hésita beaucoup à souscrire un aele dont il voyait toutes les conséquences dans le tontmpératif delà demande, et la promesse injurieuse qu'on y Joignait. Il refusa longtemps , il chercha des subterfuges et des retards. Tant le plus indigne, et le plus sage, a de peine à s'arracber da pouvoir ! Il consentit «nfin, intimidé parla violence de Des* boroug. Les communes averties révisèrent de se rendre à la chambre haute pour entendre la lecture de l'ordonnance. Mais les officiers la firent proclamer et exécuter, en mettant une garde dans la eour , et un cadenas à la porte de la chambi-e. Ainsi le parti miiîtaspe se retrouva de nouveau maître de to^t , sans que personne parât prdt à recevoir cette autorité, qu'une armée ne peut prendre qu'au prc^t d'un despote. Quant à Richard, il tomba dès lors dans un tel mépris, qu'on le laissa quelque temps encore haUter White-Hall , où il avait régné. La Justice continua même de se rendre en son nom ; et ce ne fut qu'aiM'ès deux mois qu'on se ressouvint de lui demander rinutHe formalité de sa démission.

Henri Gromv^ell, habitué à la guerre, gouvernant nrhnde avec un pouvoir absolu, depuis plusieurs années, semblât présenter plus de résistance et d'obstacles. Son premier mouvement fut en effet de s'assurer des troupes et de tenter la fortune; mais dans un conseil qu'il réunit, les officiers ' ayant refusé de s'engager à défendre sa cause, avant de connaître ce que déciderait l'armée d'Angleterre , il ne fit aucune entreprise , et se laissa décheoir aussi obscurément que Richard. Il y a des talents et des courages subalternes qui, pouvant tout oser sous un mettre, s'anéantissent devant l'occasion de prendre la première place. Henri déposa le commandement, et revint en An^^eterre pour rendre

* Thurloe*8 state papers, t. H, p« 453.

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