‹ Histoire de CromwellChapitre 20 sur 222 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

le roi , ne voulaient pas pousser la révolution au-delà des intérêts de leur propre grandeur; mais les hommes nouveaux , qui avaient toute une fortune à faire , ne jpouvaient l'achever et la mettre en sûreté , sans la chute du trône.

Ces idées extrêmes, fortement suivies par Cromwell, firent sa supériorité. D'autres officiers s'étaient distingués comme lui, Lambert, Fléetwood, Haslerigh, Overton: mais, par l'ascendant du caractère politique, il les réduisit tous à être ses lieutenants, ou ses victimes.

Les fureurs du parti démocratique et des Indépendants s'accroissaient également par les succès et par les revers. Vainqueurs, ils insistaient pour pousser la fortune; vaincus, ils excitaient la défiance contre la haute noblesse, qui commandait l'armée parlementaire^ avec un intérêt différent de celui du peuple. Essex et Waller donnèrent bientôt prise à ce dernier reproche. Le roi, s'étant fortifié d'une partie de la garnison d'Oiford, battit Waller; et s'attacha nt à suivre Essex dans le comté de Cornouailles, il réduisit ses troupes affamées à mettre bas les armes. Les Presbytériens ont expliqué ce désastre par la perfide influence du parti ^dépendant, qui voulait détruire Essef ; les Indépendants % par les ménagements d'Essex, qui voulait forcer le parlement à se rapprocher du roi.

Le parlement répara ce désastre avec la plus grande activité. Il équipa de nouveau l'armée d'Essex, recruta les troupes de Waller, et lui ordonna de se réfinir à Manchester, qui maintenait les provinces de l'Est, et y avait considérablement fortifié son armée par le zèle et la popularité de Cromwell. [1644.] \.es résultats de ce grand effort ne remplirent pas l'attente du parlement. Vaincu dans un combat près de Nevï^burry, le roi se retira sur Oxford, reçut de nouveaux secours, et ne fut que faiblement poursuivi.

' Memoirs of DenzU lord HoUes , p. 26. — Memoirs of Ludlow, v. I, p. 100.

Cette inaction des généraux parlementaires donna de nouveaux prétextes aux plaihtes et aux soupçons. Les t'é- |)ublicains par conscience , et les ambitieux , tous ceux qui avaient à craindre, ou des vengeances, ou seulement là perte de leurs espérances, se réunirent. L'hiver de 1644, en ramenant à Londres les généraux, tnembres du parlement, fit éclater la division dans la chambre des cbhimunes. tromwell accusa Manchester*, son général, d'uhe trahison manifeste. « J'avais, disait-il, offert dans la dernière cam- « pàgne d'attaquer les troupes du roi , qui se Retiraient « de Newburry. Je ne demandais que la permission de « charger à la tête de mon régiment de cavalerie , sans en- « gager le reste de l'armée. Mais le comte de Mahchester « rejeta mes instances et celles d'un grand nombre d'ofiftrt ciérs, se bornant à dire, que si l'armée du roi était dé- « truite, ce prince en formerait une autre; mais que, pour « faous, si nous éprouvions une défaite avant que l'armée « du comte d'Essex fût rétablie, nous serions perdus, et »t poursuivis comme des traîtres et des rehelleà. »

Cromwell avait habilement calculé l'impressîoh qu'un pareîl discours devait produire sur l'orgueil de l'assemblée. Les dernières paroles attribuées à Manchester parureiit aussi coupables que s'il eût prononcé lui-même la condamnation de son parti. L'assemblée, accoutumée à redire sans cesse que les lois étaient de son côté!, s'ihdigna de la pensée d'être punie comme rebelle.

Ce que les partis pardonnent le moins à leurs adhérents, c'est la défiance du succès, et le doute sur la justice de leur cause. Manchester, pressé par cette défaveur publique, ne désavoua point en effet le motif qu'il avait donné, en repoussant l'avis de Cromwell , qui lui paraissait compromettre l'armée ; mais il récrimina vivement contre le lieu-

« Parliamentary hiélory , v. VIU. — Clatendon's hîstory.

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