‹ Histoire de CromwellChapitre 191 sur 222 · LIVRE ONZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME

sans chambre des lords, et fit donner congé à Richard ' qui demeurait toujours à White-Hall.

Un conseil-d'état fut nommé pour agir au nom du parlement , et le crédit de l'armée se réduisit à l'admission des principaux officiers dans ce conseil, où dominait d'ailleurs les véritables Républicains. Desboroug et Lambert furent si blessés de cette inégalité , qu'ils refusèrent de prêter le serment d'être fidèles à la République contre Charles Stuart et tout autre particulier. Ils affectèrent de se souvenir avec intérêt de ce Richard qu'ils avaient tant humilié. [1659.] Ils vinrent à la barre de la chambre présenter une de ces adresses menaçantes , dont Gromwell s'était si souvent servi pour entraver le pouvoir civil. Les demandes de l'armée étaient contenues dans quinze articles, où l'on réclamait la liberté des cultes , excepté pour le papisme et l'église épiscopale, la réforme des cours de justice, des universités, la périodicité des parlements , la nomination de Charles Fleetwood au commandement général des armées de la République. Dans un dernier article , on demandait * que toutes les dettes de Richard fussent acquittées, et qu'on lui assurât à lui-même vingt mille livres sterh'ng de revenu, dix mille à ses héritiers , et huit mille à son honorable mère , afin de transmettre aux siècles à venir un témoignage de la haute estime que cette nation conservait pour les services rendus par son père. Ainsi le nom de Cromwell dominait toujours ; et le plus implacable ennemi du Protecteur, Lambert, invoquait maintenant sa gloire contre la Uberté publique. Mais Ludlow, Yane, Haslerig, tous ceux qui abhorraient par conscience la tyrannie du Protecteur, devaient s'indigner d'un pareil langage. Les divisions augmentèrent chaque jour entre les partisans de Cromwell, affranchis par sa mort, et les anciens martyrs de la République. Le parlement promit de

' Lndlow^s memoirs , y . II , p. 664. ,

* The Pariiamentary history, t. XXU p. 363.

satisfaire Tannée; mais, dans sa condescendance, il reprit l'avantage par une mesure hardie. Il ordonna que tous les officiers recevraient des commissions nouvelles de la main de l'orateur; et, malgré la résistance et les murmures de ces esprits factieux, appuyé de l'exemple que donnaient Haslerig et Ludlow, il se fit obéir par tous, et, n'osant pas destituer ses ennemis , il eut au moins la satisfaction de les confirmer lui-même dans leurs crades. Lambert eut deux régiments, et se trouva général sous l'autorité dé Fleetivood, qu'il faisait mouvoir à son gré. Le parlement, ainsi revêtu de toutes les apparences de la souveraineté, n'avait pas encore fait sortir de White-Hall l'indolent Richard. Ludlow *, Scott et Vane lui furent envoyés, et n'en obtinrent que des promesses, qu'il ne se hâtait pas de remplir; [1659] enfin, sommé par un ordre du parlement, il se résigna avec beaucoup de douceur et de piété, dit un historien, et remit l'état de ses dettes. Le parlement lui fit donner deux mille livres sterling pour les frais du déménagement ; mais le paiement des dettes traîna beaucoup en lonr» gueur. Le pauvre Richard, sorti de son palais, se trouva sons la main de ses créanciers , exposé à toute la sévérité des lois anglaises. Enfin, sur un rapport dllaslerig % le parlement ordonna que Richard, fils atné du dernier général Cromwell, serait à l'abri de toute arrestation pour dettes, pendant la durée de six mois. Tandis que Richard obtenait cette garantie provisoire , Henri CromweU , arrivé d'Irlande, vint rendre compte au conseil-d'état, et reçut la permission de se retirer dans sa province.

Ce revers des deux fils de Cromwell, rentrés si facilement dans la vie privée , devrait terminer l'histoire du protectorat. Mais, après ces longues agitations civiles, fl reste avoir comment les fiots se calmèrent, où s'^étèrent les débris,

' Ludlow's memoin , y. n, p. 664.

> The Partiamentary histoiy, ▼. XXI , p. I«.

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