LIVRE ONZIÈME. 4S
et snr queHe plage la fin de la tempête jeta tous ces hommes que la fortune de Cromwell avait soulevés à àa suite. On est eurieux de connaître l'inégal partage de leurs destinées ; les uns périssant misérables , d'autres chargés de riches dépouilles, d'autres exilés, d'autres puissants sous un nouveau maître. La famille de Cromwell n'eut d'asile que sa profDnde obscurité. Henri Gromwell se i^etira dans le comté de Cambridge, et se livra tout entier à la culture des terres. Ce fut là qu'il reçut un jour, dans sa métailie, la visite et le royal cortège de Charles II, qui revenait de New- Market, et qui s'arrêta quelques heures chez lui.
Plus suspect que son frère, par le souvenir de ee pduVoir suprême qu'il avait un moment occupé, Richard, à l'époque de la restauration, s'éloigna d'Angleterre pendant plusieurs années. Ce fut dans ce voyage qu'il conversa, sous un nom emprunté, avec le prince de Conti, qui, admirant le courage et le génie de Cromwell , parla de son fils Richard comme du plus lâche et du plus misérable des hommes. Sans se soucier de cet anathème, que doivent confirmer tous les hommes ambitieux et avides, Richard, de retour dans son pays, vit passer devant ses yeux des révolutions nouvelles, et vécut paisible et oublié jusqu'à l'âge de quatre-vingt*dix ans^ s'amusant du souvenir de son ancienne fortune, et parfois, au milieu d'un petit cercle de vieux amis, se faisant apporter ce qui lui restait du protectorat, deux énormes caisses de félicitations et d'adresses , dont il lisait , en riant, quelque chose à son auditoire.
Cependant Ludlow^ désigné pour remplacer Henri Cromwell, quitta l'Angleterre, après avoir exhorté les chefs de l'armée et ceux du parlement à se rapprocher et à prévenii^ des divisions, qui devaient perdre la cause commune; mais cette réunion était impossible. Le parlement, préoccupé dé
■ Ludlow^s memoin, ▼. H, p. 680.
ses droits^ dominait avec une hauteur et une sécurité de puissance qui révoltaient l'ambition des généraux. Sans leur savoir gré de son rétablissement, il les haïssait comme ses oppresseurs. Les généraux , malgré leurs fantaisies républicaines, pleins des souvenirs de la tyrannie deCromwell, et accoutumés à la brusque expédition des ordres militaires, ne pouvaient cacher leur dédain pour la faiblesse de ces légistes, dont ils avaient tant de fois violé les privilèges. Cette haine et ce mépris mutuel étaient le vice irrémédiable dn nouveau gouvernement. Le dénouement que de pareilles dispositions préparaient, fut retardé par une diversion du parti royaliste. La mort de Cromwell et la diute rapide de Richard avaient ranimé toutes les espérances des amis du trtoe. Le retour du parlement, et la crainte de ses anciennes rigueurs, interrompues par l'usurpation de Cromwell, portaient au comble la fureur de tous les hommes qui redoutaient maintenant le persécution au lieu de la servitude. Le parti presbytérien, si funeste au trône, mais opposé à la mort du roi, le parti presbytérien, dont la faute était d'avoir voulu établir, par la guerre civile, une monarchie limitée, mécontent de la République et de la dictature militaire, tournait toutes ses espérances vers Charles II, et se réunissait aux anciens défenseurs de la monarchie. [1659.]
Les hommes les plus recommandables de ce parti, autrefois exclus de cette chambre des communes, qui renaissait aujourd'hui pour les opprimer, se hâtèrent d'y réclamer leur place , au nom de la République et de la Uberté. Ils vinrent même en corps, avec l'intention de prendre séance ; mais ils trouvèrent pour gardien du parlement ce même colonel Pride, qui les avait autrefois chassés par ordre de Cromwell , et qui les fit de nouveau repousser par ses soldats ^
' Memoirs ot the life of colonel Hutcbinson.v. U , p. 935.