‹ Histoire de CromwellChapitre 193 sur 222 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

Gesvioleiioes unissaient chaque jour davantage les Pres*bytériens et les Royalistes , et ne leur laissaient plus qu'un seul intérêt et une même vengeance. Les amis de Charles II ménagèrent habilement ces dispositions. Sir John Mordant, dont le zèle s'était animé par les périls qu'il avait impunément bravés sous Gromwell; [1659] lord Bellasise, le colonel John Russel, lord Loughbourow, conduisaient le mouvement. Us s'étaient assurés dans divers comtés de plusieurs chefs presbytériens ; ils avaient rassemblé de l'argent et des armes; ils avaient gagné plusieurs officiers de l'armée : et, suivant les Mémoires de Jacques II % ils trouvaient des appuis parmi ceux même qui avaient pressé Gomwell d'accepter le titre de roi , tels que le major Brown et l'amiral Montagne. Cette conjuration , qui enveloppait une partie de l'Angleterre , fut poussée si loin que Charles II et le duc dTork devaient y prendre part , et avaient tout disposé pour assurer leur descente en Angleterre et leur réunion aux chefs royalistes. Le 1" août ' était fixé pour ce grand événement, qui , par la surprise d'une attaque imprévue , ne laissant pas aux Républicains le temps de séparer leurs intérêts , de concevoir des espérances , de se ménager des transactions, aurait ensanglanté le dénouement, qui, plus tard, fut amené sans péril et sans efiFort. [1659.] Richard Willis, qui, restant sous le joug de son ancienne infamie, se trouvait successivement vendu à tous les pourvoirs héritiers de Cromwell , trahit cette entreprise , qu'il paraissait diriger au nom du roi , dont il avait toute la confiance.

Suivant le système du Protecteur , qui cherchait surtout à faire avorter les complots, de peur de montrer, par la punition même, le nombre et l'audace de ses ennemis, Willis, de concert avec Thurloe, amusa sur de vains pré-

' Vie de Jacques II, d*après les Mémoires écrits de sa propre main, v. I, p. 125.

textes les fionîuHn prêts d'agir % et leur proposa d'ajonr- ;ier rexécutioo de Fentreprise, et le dép^t du roi, qu'ils attendaient, G^ ebangeipent ne fut pas annoncé aa chevalier Bootb, <iui faisait partie de la conspiration à Tinsu de Wil^ lis. Ce chef, n'étant pas averti, et comptant sur un mouvement général y prit les armes dans le comté de Chester au jour indiqué. Tel fut même l'éclat de son premier succès, que Charles II, avec cette mobiUté de projets naturelle dans les grandes incertitudes et les grandes espérances, résolut tout à coup de se jeter sur les côtes d'Angleterre *, et partit de Bruxelles pour Calais, où il ordcmna au duc d'York de venir le joindre.

Les secours de la France étaient la condition nécessaire de cette entreprise ; et la nouvelle politique du cardinal Mazarin pouvait faû*e espérer qu'il ne les refuserait pas. Ce ministre , apr^s avoir porté des coups si dangereux à la puissance espagnole ^ et vengé ses propres îDjures par l'humilia* tion diji prince de Condé , préparait {uaintenant une paix glorieuse à Ja France. Les hostilités étaient suspendues; Mpzarin et don Louis de Haro, ministre espagnol, s'étaient réunis ^ Fontarabie, pour régler les intérêts des deux royaumes , et projetaient de terminer ces guerres allumées depuis un s(écie , en scellant par un royal mariage le traité qui laissait à l;^ France une partie de ses conquêtes. [1659.] Cependant Charles n'essaya pas même de solliciter l'appui de Maxarin. Mais le maréchal de Turenne, soit par un ordre secret, soit p^r un mouvement de sa générosité naturelle, offrit, pour une descente en Angleterre, des soldats, des profisions et des vaisseaux ace même duc dTork, contre lequel il faisait h guerre quelques mois aup^avant. Son neveu, Je duc de Bouillon , devait suivre le prince en qualité

' Vie de J94ïqui» n , d*après les M4maires écrits de la |iropre miûii « v. I , p. lâS.

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