LIVRE ONZIÈME
encore plus décisif, [1659] elle abolit la dignité de général, et la remplaça par un choix de sept commissaires, conservant Fleetwood sous ce titre, mais lui donnant pour contradicteurs et pour collègues , Ludlow, Haslerig, verton, les plus zélés parlementaires ; Walton et Morley, officiers assez obscurs qui se dévouaient au parlement ; et le célèbre Monk, dont toutes les lettres annonçaient la fidélité, que son absence même rendait moins suspect.
Le malheur de ces résolutions courageuses , c'est que le parlement opposait aux généraux qu'il destituait d'autres noms moins conâus et moins chéris de l'armée. Il fout convenir aussi que ce parlement perpétuel, décimé, chassé, rappelé, battu par tous les vents des foctions , avait prodigieusement effacé l'empreinte de son droit originel , et que pour le méconnaître il n'était pas besoin de la violence et de l'illégalité naturelle à l'esprit militaire.
En effet, dès que Lambert apprit l'irrévérence du parle-^ ment à son égard, il fit avancer quelques troupes pour s'emparer de Westminster. La chambre, prévoyant à quels dangers elle s'exposait, avait appelé pour sa défense deux régiments dont elle se croyait sûre. Londres semblait menacé d'une guerre civile. Mais, à défaut de tout pouvoir, la fotigue de la révolution modéra les esprits. Les deux partis restèrent en présence un jour entier sans se combattre , s'accusant l'un l'autre , et cherchant à se séduire. II y eut des désertions mutuelles. Enfin Lambert , sans répandre de sang, se fit rendre tous les' postes, et plaça de nouvelles gardes. L'orateur Lenthall s'étant présenté dans sa voiture, et voyant le passage fermé par des soldats , eut beau leur crier qu'il était leur véritable chef et qu'il comptait sur leur obéissance, on le renvoya chez lui. Un autre député, Pierre Wentworth, prit le parti d'arriver en bateau, par la Tamise, jusqu'à Westminster, où il se trouva seul. Un exemple plus sérieux de cette obstination qui animait les mem-
bres du parlement, fut donné dans le conseil-d'état, lorsque le colonel Sydenham essaya d'y justifier la dernière^ violence de rarmée, en l'attribuant, suivant Fusage, à une voeatioa de Dieu. Bradshaw \ consumé d'une fièvre lente qui a*Mait rien à l'énergie de son àme , se leva plein de colère , et déclara que, « près d'aller à Dieu, il ne pouvait entendre tt blasphémer ainsi son grand nom. » Il se retira dans sa maison, et mourut quelques jours aprèa? san« remoi^s, mais n'ayant avili par aucune bassesse la eonvictioii qui4oi av«t dicté son crime. Un autre parlementaire célèbre, Whitelocke, depuis longtemps assoupli par le despotisme de Gromv^ell, passa au service de l'anarchie militaire, et prit place dans un comité de sûreté que formèrent les généraux. Vane et Ludlow lui-même se rapprochèrent de l'armée, qui, tout en violant la liberté, conservait la révolution; et ils se chargèrent, avec Fleetwood, de délibérer sur la forme du gouvernement ^ le plus convenable. Ainsi la question retombait au point où Cromwell l'avait prise. [1659.]
Cependant un nouvel orage se formait du cOité de l'Ecosse. Monk, attentif aux misérables débats du parlement et de l'armée , épiait l'occasion de survenir à son tour. On ne peut douter qu'il n'entrevit déjà l'espérance d^ rétablir la monarchie ; et, malgré la confiance qu'il avait l'art d'inspi* rer par ses lettres à quelques Républicains, se& intentions secrètes commençaient à se découvrir aui jen^ des plus clairvoyants. La dissimulation et l'adresse peuvent bien empêcher qu'on sache un pareil projet, mais noin pas fu'on le croie.
Monk, d'une famille noble, avait servi dès sa jeunesse avec distinction; et au commencement de la guerre civile, il se trouvait colonel attaché au service du roi. Fait prisonnier par Fairfax, il subit une captivité de deux ans à la Tour
' Ludlow*s memoirs, y. H, p. 655.
» Jbid., p. 691.