LIVRE ONZIÈME. 4SI
fie Londres ^ peadant que la ruine de la cause royale s'achevait ée toutes parts* Consolé dans sa prison par des marques de souTCnir et de libéralité que Charles fit arriver jusqu'à lui ^ longteinps il voulut garder ses premiers serments, et il reftisa l'offre d'entrer dans les armées de la République. Mais Cromwell , qui possédait l'art d'embrouiller les devoirs, et d'aider la chute des consciences faibles, l'entratna dans l'expédition contre les Irlandais, sous prétexte qu'ils étaient déclarés rebelles par le roi comme par le parlement. Une fois engagé ^ Monk oublia ses scrupules , fît la guerre au fidèle Ormonde, et poursuivit eu Ecosse le roi CbaHes lui-même. Attaché fort tai*d à la révolution , et n'ayant point eu de part aux crimes poUtiques du parle* ment, on ne pourrait eiq[)liqner la haute fortune où il par* tint que parla supériorité de ses talents militaires, s'il n'était vrai de dire que Cromwell tout puissant préféra bientôt la docilité des ambitieux et des transfuges à l'incommode fierté des Républicains. Monk commanda la flotte anglaise , fut major'général, gouverneur de l'Ecosse, membre de la chamiH'e haute; Adroit et zélé sous Crcnnwell, il n'était conduit par auiîune espèce de fanatisme. Les Indép^dants lui reprochaient même une licence de mœurs fort contraire à l'austérité de leurs principes religieux : et ils lui trouvaient sous cid rapport un esprit de cour ^, dont ils se défiaient. Sa bonté, sa douceur, le faisaient aimer des soldats.
A la ftiveur de réloignement, il avait pu se ménager un parti nonibreux, et disposer à son gré l'esprit de ses troupes. Il parait que ses desseins, ou plutôt ceux qu'il pouvait former, avaient fini par exciter l'inquiétude de Cromwell. Une lettre que le Protecteur lui écrivit peu de temps avant sa mort , se terminait par cet avis burlesque ^ : <t A propos ^ <t on dit qu'il se cache en Ecosse un mauvais sujet, nc»nmé
' LucDow^s memoirs, v. II, p. 747» > General Monk*8 life, p. 78.
« Georges Monk , très favorable à Charles Stuart. Ayez soin « de le faire prendre et de me l'envoyer. » Il n'y a point de motif cependant pour reporter jusqu'à cette époque les desseins et la dissimulation de Monk ; il resta même fidèle à Richard. A la chute de ce faible héritier de Gromvirell, il aurait pu prétendre à lui succéder; mais son âge assez avancé ne lui permettait pas une ambition si hasardeuse , et qui n'avait pu réussir qu'une f6is. Il apercevait dans une autre conduite de grandes et de paisibles récompenses. Étranger aux crimes de la révolution, rien ne le séparait de la maison royale ; et de sa part le bienfait toujours onéreux de rendre une couronne ne laissait aucun prétexte à l'oubli des cours. On peut croire aussi (car il ne fout pas exclure lés intentions généreuses de la conduite des hommes) qu'il fut touché des maux de l'Angleterre, et ne vit d'autre terme à l'anarchie que le rétablissement du trône.
Pour assurer le succès de cette entreprise , contraire aux opinions et au salut de beaucoup d'hommes encore puissants, toute la politique de Monk fut un profond secret, dont il n'excepta pas le roi, qu'il voulait servir, et une profusion de faux serments qu'il opposait aux alarmes des Républicains. Il faut avouer même qu'il poussa jusqu'à l'excès la précaution du parjure. Son excuse est dans le bonheur d'avoir achevé sans guerre civile une si grande révolution.
La nouvelle expulsion du parlement, ce divorce maladroit de la révolution et de la liberté, aidait aux artifices de Monk. En protestant contre cette violence : « Je prends (( Dieu à témoin, écrivait-il, que le maintien d'une républi- « que est le seul vœu de mon cœur. » En même temps, par la réforme et le choix des officiers, il préparait son armée dans le sens le plus favorable à la cause royale, et il annonçait l'intention de marcher au secours du parlement régicide '.
* Tbe lUè of gênerai Monk , p. 130, 137.