LIVRE ONZIÈME. 4Si
Cependant Charles II, n'ayant eu ni la résolution ni le temps de rien entreprendre sur l'Angleterre, était parti pour négocier lui-même ses intérêts au congrès des Pyrénées. Une méprise, qui lui fit croire ce congrès terminé, l'ayant d'abord conduit sur la route de Madrid, pour y chercher don Louis de Haro , il n'arriva que fort tard à Fontarabie , où la dernière victoire du parlement ' était la seule nouvelle qui fût encore parvenue touchant l'état de .l'Angleterre. [1659.] Lockart, nommé plénipotentiaire du parlement, était d'ailleurs présent à ce congrès avec toute l'autorité et tous les souvenirs du protectorat; et il obtenait des deux ministres les ménagements et les honneurs que l'on croyait devoir à la fortune renaissante de la République. Charles II, qui s'était fait précéder par Ormonde , reçut de l'ambassadeur espagnol quelques vaines démonstrations de respect , et le conseil de s'adresser à Mazarin ^. Mais le cardinal, qui était encore à Saint- Jean-de-Luz , refusa de recevoir le roi, sous prétexte que cette entrevue donnerait mal à propos de l'ombrage au parlement , sans être utile aux intérêts de Charles. Les Mémoires du temps ont expliqué cette froideur de Mazarin par des motifs de dépit personnel. Ils ont supposé que ce ministre avait offert une de ses nièces à Charles II , et qu'il fut blessé d'un refus où perçait l'orgueil du trône. D'autres racontent que Charles II avait lui-même inutilement recherché la main de cette belle Hortense Mancini, tant célébrée par Saint-Évremont , et qui vint, quelques années après , porter en Angleterre l'éclat de son •esprit, de ses fautes et de ses malheurs. Quel que soit le crédit que l'on donne à ces anecdotes , il est certain que le •cardinal ', voyant plutôt les imprudences des conseillers de Charles que la situation de l'Angleterre, loin de soupçon-
' Ludlow*8 memoirs, y. II, p. 697.
* ClarendoD*s history, p. 710.
' Lettre du cardinal Afazarin ,▼.!!, p. 177, 1S9.
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lier le prochain rétaUfssemeBt de la monarchie , ^^étaitalors fortifié dais l'opinion contraiire. CetW fausse eo&Tidlon peut assez expliquer son indifférence pour une catisie qu'il croyait perdue sans retour. Les Mémoires de lacunes n nous apprennent que cette îndiflRSrenoe alla ntême jasqu'am plus injurieux procédés. Le roi, refcmi de fontaraUd, demanda vainement la liberté de rester en secret sur les terres de France, prés de la reine sa mère. I! semblait qu'il fût encore sous la proscription de GromweU; et toute !a faveur qu'il obtint ftit de s'arrêter deux jours dans nac petitc' Tille de France * , avec son auguste et malh^reuse mère , qui était venue Tattendre sur son passago; il repartit de là pour Bruxelles , paraissant aux yeux de l^urope plus éloigné du trône que jamais.
Cependant la faction militaire qui régnaK à Londres commençait à s'inquiéter des projets et de la puissasee dfl général Monk. Lambert s'était avancé dans le nord, pour prévenir sa marche. Monk protestait ne vouloir que te rappel et l'indépendance du parlem^t; et, pendant qu'il rassemblait de l'argent et des forces , il entra dans quelques négociations avec Lambert , et proposa de nommer des commissaires pour traiter avec les généraux. Ce qui coflH mençaît à transpirer de ses projets cachés lui devint uffle. Beaucoup d'officiers de son armée , mécontents de la préférence qu'il donnait à dTancîens royalistes, le quittèrent pour passer sous les ordres du général Lambert. Il se hâta de les remplacer par des choix conformes à l'intérêt royal, ou du moins à sa propre autorité, quel que fût le parti qu'il voulût prendre. Ludlow * regarde comme une grande ftwite de l'armée d'Angleterre d'avoir choisi , pour porter des propositions à Monk, un docteur Clarge, son beau-frère, et royaliste connu , qui l'inspira et le soutint dans ses projets.
'Vie de Jacques n, diaprés letMemoiretéccita de sa propre mail), T.I,p.8SI. * Ludlow*» memoirs, t. Il, p. 750.