‹ Histoire de CromwellChapitre 21 sur 222 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tenant-général. Il l'accusa d*avoir négligé rexécuiion d'nn ordre important ; et il déclara que , dans une autre circonstance, sollicité par Cromwell de prendre une mesure, il avait refusé, sous prétexte qu'elle n'obtiendrait pas l'approbation du parlement , et qu'alors Cromwell s'était écrié : «t Mylbrd , si vous voulei vous attacher fortement aux gens « de bien, vous serez à la tête d'une armée qui fera la loi M aii roi et àil parlement. «

Manchester g pour plîfer cette accusation à sa propre défense, ajouta qu'un pareil discours l'avait singulièrement frappé , connaissant le lieutenant-général pour un homme à desseins pft*ofondS ; et que dès lors il avait mis plus de scrupule et de soin à ménager une armée qu'il savait encore très fidèle àU parléméhl.

Une répliqué si forte agita vivement la chambre, et tous les hommes ^ul s'alérnlalent de la fierté de Cromwell, demandèrent une étiquete et un jugement. Mais le parti des Ihdépendatits, et ceux (|ui voulaient la continuation de la gilerre, repoussèrent icet avis , et aimèrent mieux abandonner l'accusation portée contre Manchester. Cependant il était aisé dé ^réVoir qUb 1^^ ambitions et les haines , poussées si loin, ne s'arrêteraient pas, et qu'une lutte dernière allait comhîîgheer eritré Ifes deux partis qui avaient jusquelà conduit U révolutîort , entre les Presbytériens et les Inlïépendants : entre les nobles et les hommes nouveaux ; enire ceux qui; tiiémë dans la guerre civile, n'avalent cherché qu'une réforme, et ceux qui, fanatiques ou ambitieux, voulaient tout détruire , pour faire place à leurs chimères ou à leur puissattee: Les Presbyték-iens avalent contre eux ce pettchant irk-ésistible des révolutions vers le parti le plus violent. Mais ils commandaient encore l'armée anglaise; ils comptaient dans leurs rangs les orateurs les plus distingués des communes. Ils formaient exclusivement la chambre des pairs ; et Us s'appuyaient sur l'armée d'Ecosse , qui.

jusque-là, bornait tous ses vœux à rétablissement du régime presbytérien, et qui désirait un traité avec le roi. Gromwell, mêlant avec art une sorte de jalousie patriotique, à Fardeur des sentiments de liberté , attaquait en toute circonstance les intentions des Écossais ^ , et répétait que r Angleterre n'avait besoin ni de leur secours, ni de leur conseU.

Les commissaires d'Ecosse , blessés d'une telle injure, se réunirent au comte d'Essex contre le lieutenant-général. Avec plus d'audace, ils auraient perdu Gromwell; ils y pensèrent, et ne l'osèrent pas. Wbitelocke donne à ce sujet le récit d'une scène curieuse, où lui-même fut acteur.

Wbitelocke était un de ces hommes modérés , qui plient leur modération aux violences du plus fort ^, et qui , conservant leur sang-froid dans tous les excès d'une révolution, les servent autant que leur intérêt le demande, et les jugent avec une impartialité plus honorable pour leur esprit que pour leur conscience. Il avait impitoyablement poursuivi la mort de Strafford, et il le représente ' dans ses Mémoires comme un grand homme innocent. Il inclinait' pour la paix et la réunion avec le roi^ et il ménageait et secondait l'ambition de Gromwell. Une des causes qui fait que, dans une révolution, le parti le plus violent grossit et prédomine , c'est qu'il a tous les lâches pour recrues.

Wbitelocke et Maynard, membres de la chambre , et ju*risconsultes habiles, appelés de nuit à l'hôtel d'Essex, y trouvèrent les envoyés d'Ecosse et plusieurs membres des communes. A la prière du comte d'Essex, le chancelier d'Ecosse exposa les intrigues de Cromwell pour nuire aux Écossais dans l'opinion de leurs alliés; son ambition^ qui menaçait Tautorité du général , et la sûreté des deux peu-

' Memoirs of Deniil lord HoUes, p. 18.

• Memoirs of Ludlow, v. Il, p. 250.

* Whitelocke^s memorials of the encrlish aflFairs , p. 67.

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