LIVRE TROISIÈME
Page 105.— Cette cruauté de Cromwell, dont aucun historien n'a parlé, se trouve rapportée avec de grands détails dans le pamphlet intitulé : The history of independency. L'auteur, qui avait été membre du parlement, compare Olivier Cromwell aux chefs sanguinaires des anabaptistes d'Allemagne. « O Cromwell! s'écrie-t-il , tu es donc devenu un Jean de Leyde! « O Londres! tu vas devenir aussi misérable que Munster! » Ce qu'il y a de remarquable dans cet écrit, c'est que Fauteur y démasque déjà l'hypocrisie des chefs , en parlant des actions de grâces à Dieu qui furent ordonnées par la chambre : « Telle est, dit-il , l'imprudence de ces prétendus saints qu'ils tt outragent le nom de Dieu par des dévotions impies qui servent à colorer « leurs desseins. »
LIVBE QUATRIEBIE.
Page 137.— On trouve dans les premiers ouvrages théologiques de Milton des allusions au projet de poème épique qu'il a réalisé si longtemps après. Dans un premier Traité sur la réformation de l'Église, après avoir tracé l'image de la justice et de l'indépendance qu'il espérait voir bientôt régner sur la terre , il s'écrie plein d'enthousiasme : « Alors parmi les hymnes et les u alléluia des saints , peut-être quelqu'un pourra se faire entendre, élevant tt ses chants jusqu'à Dieu dans un rbythme nouveau, pour célébrer, à Sei- « gneur, tes divines miséricordes et tes miraculeux jugements, sur cette tt terre, dans la durée des âges. » Dans un ouvrage, intitulé : Maisons du gouvernement de l'Église^ Milton laisse entrevoir plus clairement encore les idées poétiques qui obsédaient son génie : à la a^heressebarjliarede far*
gumentation puritaine, se mêlent tout à coup les noms d'Homère, de Virile , du Tasse et les rêveries du po^te agité par le pressentiment de ses inventions ftitures. Ce sont, pour ainsi dire, les éléments d'une création incertaine et confuse ; mais on peut appliquer ici , dans un sens tout profane, les paroles de TÉcriture : L'etprit de Dieu était porté eur l'àbime, Spiritus Dei ferebatur $uperaqua$. Le souffle du génie semble en effet planer sur ce chaos des premières pensées de Milton. « Dans peu d'années , dit le poète « théologien, j'acquitterai la dette que je contracte; il s'agit d'un ouvrage « qui ne doit pas s'élever du milieu des feux de la jeunesse et des vapeurs du « vin , comme ces vers qui coulent facilement de la plume d'un amoureux a vulgaire. L'œuvre que je médite nci sera pas obtenu par nne invocation à « linémosyne et à ses filles séduisantes, mais par une ardente prière à cet « esprit éternel qui peut nous enrichir de toute science et de toute éloquence, « ^t qui envoie son séraphin avec un rayon sacré du feu de ses autels pour « toucher et purifier les lèvres de celui qu'il a choisi. Je ne trouve de plaisir, «dit-il ailleurs, à révéler mon projet, longtemps avant l'exécution, que « pour montrer par ces aveux avec combien de regret j'interromps la pour- « suite de si nobles espérances , et j'abandonne le repos et la douceur d'une « solitude animée par d'heureuses et secrètes pensées , pour m'élancer sur « cette turbulente mer ^ pleine de bruit et de rauques disputes , emporté loin «t de la brillante image de la vérité que je contemplais dans l'atmosphère « tranquille et pure de mes études chéries.