‹ Histoire de CromwellChapitre 22 sur 222 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

pies unis; et, insistant sur la nécessité d'arrêter son dan* gereux essor ^ , il proposa de le poursuivre comme incendiaire, aux termes du covenant, fpi désignait sous ce nom tout homme prévenu d'exciter la mésintelligence entre les deux nations. C'est un spectacle assez curieux de voir les desseins de Cromwell soupçonnés, et son ambition prise sur le fait si longtemps avant l'époque de sa grandeur.

Ces puissances extraordinaires , qui s'élèvent si vite sur les ruines de la liberté des peuples, avertissent cependant toujours de leur approche et de leurs progrés, et une résolution énergique suffirait pour les arrêter. Mais la mollesse publique , et l'empressement des ambitions servîtes , leur fraient la route; et l'esclavage se réserve ensuite pour excuse la rapidité de leur élévation , qui semble avoir surpris les courages , et prévenu la résistance.

Whitelocke et Maynard, consultés sur le sens légal du mot incendiaire, et sur l'application qui pouvait en être faite à Cromwell, discutèrent la question en légistes et en hommes prudents. Après avoir fait sentir la difficulté de recueillir des preuves suffisantes, et le danger d'une poursuite inutile,. ils ne dissimulèrent pas le grand crédit de Cromwell sur la chambre, son talent, sa popularité, et toutes les ressources qu'il trouverait dans lui-même et dans ses amis pour repousser avec avantage une attaque à la fois si violente et si vague. HoUes , Stapleton , et quelques autres députés moins formalistes, et plus sincères amis de la h'berté, nièrent cette popularité prétendue qui n'eût été d'ailleurs qu'un motif de plus pour se hâter de perdre l'ambitieux qui voulait en abuser. Mais le comte d'Essex, timide, comme tout homme qui consulte dans un moment de péril ^ se détermina pour l'opinion de Whitelocke , malgré les prières de ses amis, et surtout celles de Holles, qui péné-

' White]ocke*8 memorials of the english affairs, p. 116.

S0 HISTOIRE DE GROMWELL.

trait toute l'ambitioo de Gromwell, et qui r^jipieliiit plu-^ sieurs de ses actions et de ses paroles propres à justifi^M^ raccusatlon proposée.

Cette vaine consultation, qui m resta pas ignoré^ d^ Gromweli, ne fut pour lui qu'un Uvertisseni^t d? pousser sa fortune en prop^ortion de la baine de ses ennemis , et i^ leur impuissance avouée d'eux-mêmes.

Il était d'ailleurs pressé par la situation générale desî événements : les négociations avec le roi n'étaient pas ralenties * . et menaçaient de finir par un traité qui, f At-il iiyur rieux à la couronne , aurait arrêté la révolution au moins pour un temps. Le roi avait envoyé à l'assemt^Iée de Westminster une ambassade de plusieurs lords att^cbéa à sa fortune. Malgré la rigueur des conditions que voulait lo parlement, quoique l'on prescrivit à Gb^les le saorifiiBÇ d'nne partie de ses droits et l'abandon de ses plui^ fidèles amis ', il pouvait se laisser tenter par sa mauvaise fortuno. Il n'y avait qu'une voie assurée pour prévenir la paix : c'était d'ôter la guerre des mains de la noblesse parlemei^ taire, qui, tout en combattant le roi, ne voulait pas to détruire, et gardait un vieux respect pour les institutions monarchiques, dont eUe formait une honorable pairtie; tandis que les hommes nouveaux ne concevaient paa do traité possible entre le peuple et le tr✠^ , et frémisfiaieckt. pour eux-mêmes à la seule idée d'une paix qui amrWtt conservé, sous quelque foropie que ce fût, un souverain si oru<iV lement oiFensé , et toujours trop puissant coRtre des suî^ sans crédit personnel, et que la guerre jûviie ne soutiendrait plus.

' Whitelocke'8 memorials of the eaglûli affain, p. IM. « Jbid., p. 114.

3 Memoirs of Denzil lord HoUes, p. 29.

4 Mçmoirs of Ludlow, v. 1, p. 146. — Memoirs of Oie lift of colonel Hutchinson , v. I . p. 347.

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