LIVRE PREMIER
Ca Ait là le point décisif ^e la réyoluUom. En yaiq Manchester s'était jv^tifié sur une accusation particulière; l'attaque remontait plus haut , et s'étendait à tous les chefa de Varm^e. Essex, Manchester^ Waller, Denbigh, étaient nqbles et membres de la chambres des lords ; iU n'avaient pas une haine irréconciliable , ils ne faisaient pas une guerre morteUe. Ck)ntents d'avoir défendu les droits du peuple , ils auraient pu . ils auraient souhaité rentrer en grâce avec le souverain. Ei^sex , d'une illustre maison et d'une grande élégance de mœurs, paraissait un partisan ^ nécessaire de de la monarchie; et tout ce qu'il avait fait pour la cause du parlement ne pouvait , aux yeux des Indépendants , effaeer la tache de 3a noblesse. Il était suspect de vouloir la paix. Sans ainhition personnelle , sa vanité , qui l'avait entraîné dans la guerre civile, s'était flattée d'un crédit que l'on accorda quelque temps à son nom et à l'éclat d'une si grande désertion , mais qui fut bientôt remplacé par la défiance , et par les humiliantes comparaisons que faisaient naître le talent et le courage des officiers de fortune. Le comte de Manchester était recommandable par la vertu la plus rare dans les guerres civiles, l'humanité. Mais cette douceur, qui ne se dém^tit jamais, convenait mal à là sanguinaire austérité de l'esprit de secte ; et les talents guerriers de Manchester étaient d'aUleurs trop écrasés par la concurrence de GromwelL
Ces deux généraux étaient presbytériens modérés, et ne souhaitaient qu'une réforme dans l'Ilglise ; et la secte des Indépendapts ., sortie du milieu des Presbytériens rigides , commençait à prédominer. Cette secte , amenée par le plus haut degré de fanatisme^ à l'entière liberté de croyance, n'avait ni dogme fixe, ni cérémonies, ni prêtres. Elle supprimait l'ordre sacerdotal comme un privilège, et réduisait
' Wliitelocke^s memorials of the english affairs, p. 115.
le culte à la communication de TEsprit-Saint , que tout le monde pouvait également obtenir par la prière.
Il y avait dans cette secte quelque chose de la simplicité du christianisme naissant, et quelque chose de Texaltation raffinée des Quiétistes, mêlée d'une humeur farouche qu'inspiraient la sédition et la guerre. On remarquera que, dans les divisions religieuses de TAngleterre, une secte pareille, autorisant, par son instabilité même, une sorte de tolérance , pouvait être singulièrement favorable à un ambitieux qui tenterait de réunir les esprits.
Cette secte avait pour chef dans lé parlement Henri Yanes^Fiennes, jurisconsulte habile, Saint-John, non moins versé dans les lois , et parent de Cromwell ; enfin Gromwell lui-même qui propageait leurs doctrines dans ses troupes. ' Les principes des Indépendants, appliqués à la politique, entraînaient le changement de la société et la chute du trône. Mais, par cela même, dans les débats avec lesPresbytériens , ils avaient sur eux le grand avantage de vouloir une chose absolue et décisive , tandis qu'il y avait une sorte d'embarras et d'inconséquence dans la conduite des Presbytériens , qui ne voulaient pousser la révolution que jusqu'à un certain point ^ , et respectaient le roi en lui faisant la guerre.
Charles voyait cette division avec joie, et en était d'autant moins pressé de faire un traité. II aurait dû la craindre ; car si la guerre se continuait, l'issue de ce schisme du parlement ne pouvait être douteuse.
Les Indépendants ne négligèrent pas de couvrir leurs desseins du prétexte de l'intérêt public. Les dépenses de l'armée pesaient sur la nation, et la longue durée de la guerre, qui les rendait accablantes, était imputée à la lenteur intéressée des généraux , que l'on accusait à la fois d'éterbiser
* Our design was only to reform , not to alter ; to reçiilate, and so to save, not to dcstroy. Hoîks , pag. 21.