PRÉLIMINAIRES
ment», ou dans les pensées qui occupaient alors les esprits; et les idées même sont un fait quelquefois le plus important de tous. Ces différentes recherches» qui m'ont été inspirées par l'amour de la vérité, et par ce zèle d'exactitude qui nait du travail même , donneront quelquefois un résultat contraire à des opimons assez généralement adoptées ; mais il n'y a ni préten* lion ni mérite à bien examiner les faits , et à les appuyer par des citations nouvelles.
S'il ne s'agissait pas ici d'une histoire complète et circonstanciée; si l'on demandait ces regards pénétrants et rapides» jetés sur un personnage historique , et ces grands traits qui le caractérisent, tout le monde a le souvenir des expressions de Bossuet ; et, d'u^ autre c6té> Voltaire» dans l'une des parties les plus belles et les plus animées de son £ssaî sur les Moeurs, dans l'esquisse qu'il a tracée de la révolution d'Angleterre et du protectorat^ a su renfermer en un petit nombre de pages les vues les plus profondes , quoique Qaturelles» et prodiguer avec choix ces touches vive& et sûres qui peignent à nu les intérêts ^ les convictions» et les singidiffités des partis ; mais ces deux grands hommes,, supérieurs aux célèbres historien» de l'Angleterre» paraissent sur plusieurs points avoir rencontré le vrai » moins par l'exactitude des recherches que par cette première vue du génie , qui ne trompe pas. En efPet , il y a dans la sagacité d'une haute intelligence quelque chose qui supplée souvent^à l'exacte investigation des. faits» et qui devine la vérité, en attendant qu'on la prouve; et ce ne sera pas le moindre intérêt de notre travail, de voir plusieurs observations que ces grands écrivains avaient saisies d'un coup d'œil, lentement justifiées par des autorités dont ils ne connaissaient pas l'existence.
Voltaire a ridiculisé les sectes que Bossuet a frappées d'ana* thème. Ces deux dispositions de l'esprit ne sont pas sans inconvénient pour l'histoire. L'emploi du ridicule, lors même qu^il parait tenir à une raison supérieure qui s'élève au-dessus de ce qu'elle raconte, peut altérer les faits , en ne laissant plus concevoir l'importance qu'ils ont eue dans l'opinion des contemporains. Les superstitions et les bizarreries des sectes formant le caractère
de la réTolution anglaise, et expliquant seules le pouTOîr des hommes qui ont dominé à cette époque , tous les détails de ce genre doivent être conser?és a?ec une sérieuse exactitude. On le ^conçoit d'ailleurs : dans un sujet qui, traité de nos jours ^ semble , trop favoriser le puéril intérêt des allusions contemporaines, l'écrivain impartial était naturellement conduit à brouiller lès ressemblances et à déconcerter les souvenirs par ces grande^ diversités de religion, de mœurs, de coutumes, de traditions nationales, qui font que les mêmes événements, reproduits à une autre époque , ne sont pas la même chose. Ces conformités extérieures, que paraissaient offrir les faits principaux, s'évanouissent dans la foule des circonstances particulières et locales ; ou si quelquefois une certaine force de ressemblance dans les événements et dans les passions , prédomine sur tous ces accidents de mœurs, de pays, de religion , soigneusement conservés, il en résulte alors un intérêt purement historique, qu'il n'eût pas été plus permis de supprimer que de chercher avec effort. Ainsi, une bienséance juécessaire exigeait avant tout, dans le sujet que je traite, le soin curieux des détails et la scrupuleuse copie des mœurs ; et pour être toujours fidèle , il a fallu souvent que le récit devint trop exact et presque minutieux.
La religion et la liberté , ces deux sources des grandes choses parmi les hommes , ont également contribué à la révolution anglaise. Car ce serait une erreur de croire cette révolution uniquement religieuse , et de chercher toutes ses causes dans ce qui fit son caractère. En jetant les yeux sur l'histoire du peuple anglais, en voyant que cette nfition , si fière de ses lois , porta les jougs les plus humiliants et les plus durs , que longtemps abusant contre sa liberté de la forme même de son gouvernement, elle mit dans les lois la tyrannie qui naissait ailleurs de l'absence des lois, et fut esclave par ses représentants ; lorsque l'on parcourt les règnes de Henri VIII , de Marie et d'Elisabeth , et qu'on voit la réforme amener d'abord un excès de tyrannie morale, et une usurpation des lois sur la conscience , dont Phistoire n'offre aucun exemple; on aperçoit sans peine, dans cette longue contradiction entre les institutions et l'usage qu'on en faisait, les eau-