‹ Histoire de CromwellChapitre 4 sur 222 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

ses des troubles civils, qui, préparés sous tant de règnes, éclatèrent sous le prince le plus juste et le moins intolérant. Mais ^ si les efforts et les excès de la liberté devaient sortir de ce long amas de lois arbitraires qui avaient pesé sur les Anglais , en leur donnant par les formes l'idée du droit qu'elles violaient par le fait, on conçoit également que cette réforme religieuse, établie et combattue tour à tour par des échafauds , et que les rois avaient cru livrer aux peuples à la place de la liberté , devait rentrer dans tous les débats politiques , les envenimer de ses haines , et leur communiquer la violence de son origine , et l'obstination de ses longs combats. Ainsi , dans ce mélange de la religion et de la liberté , chacune d'elles agissant avec une force égale , les idées les plus hardies se trouvèrent unies aux plus misérables superstitions, les mœurs les plu$ austères aux plus grands crimes; c'étaient les hommes pieux qui déclamaient contre les évèques. La sévérité, la morale, l'esprit religieux, étaient du côté des novateurs; et le droit divin n^était presque défendu que par des incrédules. Ce singulier contraste, que l'on ne peut trop étudier dans les mémoires du temps , et qui est marqué par les aveux de Clarendon et de Warwick , forme le trait principal de cette époque^ et se retrouve dans tous les détails. Le républicain Ludlow, esprit violent, mais plein de force et de sagacité, accuse ^, dans la même page de ses Mémoires , et avec des termes également amers, Charles I«' d'avoir abandonné les Protestants de la Rochelle aux vengeances du cardinal de Richelieu , et d'avoir toléré la publication d'un petit livre sur les Délassements permis le dimanche. C'est que , pour une partie de la nation , la liberté religieuse , que lès rois avaient tyranniquement donnée , en détruisant l'ancienne religion de l'état, était devenue le gage d'une autre liberté, que l'on demandait plus tard, et que l'on croyait menacée dans toutes les choses qui comproihettaient la première. Comme toute tyrannie habile et durable s'étaie toujours sur quelque chose de conforme aux intérêts des peuples, Henri YIII, dans sa réforme., qui ne parut d'abord qu'un caprice, et au mi-

' Ludlow*! memoirs, V. I, p. 5.

lieu de ses bizarres persécutions qui frappaient à la fois les Catho^ lîques et les Luthériens , avait flatté une instabilité de croyance et un dégoût de la cour de Rome , répandus dès alors en Ang^leterre. Soulageant la nation du fardeau des taxes religieuses, et enrichissant les seigneurs par la confiscation des biens de régllse, il a?ait intéressé le peuple A ses yiolences, et détourné sur le c9h tholicisme seul la haine du pouvoir arbitraire. Les cruautés de Ma^ rie Justifièrent cette haine; et Tancienne religion devint pour leé Anglais le symbole de tous les abus et de tous les excès du pou^^ voir absolu , quoiqu'elle eût été renversée par le plus cruèl et lé plus tyranniqUe de leurs souverains. Ainsi, dans la réforme bi^ zarrement mélangée qui s'établit en Angleterre , tout ce qui s^é^ lotgnait de l'ancienne religion parut un effort vers la liberté) tout ce qui la rappelait fut suspect; et, tandis que Henri YIII, Marie et Elisabeth, avaient , dans le silence de la liberté civile, trois fèfs bouleversé toute la religion de l'Angleterre ; lorsque cette liberté ^ qui s'était produite sur les pas de la réforme religieuse, fut assez forte pour avoir des intérêts à défendre , elle se sentit blessée dans toutes les atteintes portées au protestantisme^ son devancier ; elle s'arma pour lui comme pour elle-même. Des minuties théologiques parurent sauver ou mettre en péril tous les droits de la nation; et quelques changements de prières, quelques pratiques de dévotion , allumèrent la guerre civile , parce qu'aux yeux du préjugé , et même de la raison , elles devaient alors parsiltre décisives pour la perte ou pour l'affermissement de la liberté.

En cherchant à retracer ce tableau , si étranger à nos mœurs et À notre destinée , l'historien ne peut être inspiré que par la plus Juste, et J'ajouterai la plus facile impartialité. D'ailleurs les véritables hommes de lettres savent bien que Ton ne peut aimer les lettres, sans les préférer à toute autre chose, et sans tout sacrifier à cette vérité , dont elles ont plus besoin que du talent , et qui les honore davantage. Dans les recherches que j'ai faites, pour le choix des autorités, pour la discussion des témoignages, j'ai suivi les traces que M. de Lally-Tollendal avait indiquées dans 9on brillant Essai sur la vie de Straffordj sujet si rempli d'instructions et si voisin de l'époque dont je m'occupe. G^est donc i

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H. de Lally-ToUendal que je dois offrir particuUèremeDt cet otivrage, où, à défaut de l'éloquence dont il a dcmné l'exemple, et qui tient de trop près à la vérité pour n'être pas bien placée dans rhisloîre,j'ai voulu reproduire son intégrée! savante exactitude, et ses sentiments de justice et de liberté. Qu'il me permette moins de lui adresser un hommage que de m'honorer de son nom. Hécevez , mon illustre ami , recevez cet essai d'un jeune bomme qui s'est pénétré de vos ^rits, comme il partage vos principes ; qui voudrait imiter les uns, et se rendre digne des autres, et à qui TOUS accorderez toujours, quel que soil le sort de ce livre, la protection de votre estime et l'encouragement de votre amitié.

fflSTOIRE

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LlYRE PREMIER.

Naissance de Cromwell.— Premières années de sa jeunesse.— Il s^attache à la secte des Puritains. — Coup d^œil sur Pétat politique et religieux de PAngleterre à cette époque. — Causes de la révolution qui sY préparait. — Cromwell est nommé membre du parlement de 1628. — Après la dissolution de ce parlement , il rentre dans l\>bscurité de la vie privée. — Ses occupations, son projet de passer à la Nouvelle-Angleterre. — En 1640, il est de nouveau élu membre du parlement. — Tableau de cette assemblée et des partis qui la divisaient. — Opposition violente de Cromwell.

— Au commencement de la guerre civile , il prend du service dans Parmée du parlement. — Ses premiers succès et son avancement rapide. — Événements principaux de la guerre. — Bataille de Marston-Moor. — Les commissaires écossais projettent de dénoncer Cromvirell au parlement. — Cromwell accuse Manchester, un des généraux de Parmée; suite de cette accusation.

— Cromwell entreprend d'écarter les anciens généraux , fait un discours dans le parlement, propose une nouvelle formation de Parmée.

ENTREPRENDS d'écpife rhistoire d'un homme fameux par sa fortune et son génie , mais dont le caractèpe conserve encore pour nous quelque chose d'obscur et de problématique. C'est un grand spectacle que la ruine d'une ancienne monarchie, et les agitations d'un peuple qui cherche violemment la liberté, et qui, retombant, par un retour presque inévitable, sous un maître plus absolu que celui qu'il avait rejeté , trouve dans cette épreuve un accroissement de puissance, et fait sortir sa liberté du milieu de ses fureurs et de son escla-

vage : mais l'homme qui s'est placé dans cette usurpation intermédiaire, et qui l'a maintenue fortement pour luimême, utilement pour la nation qu'il opprimait, présente à lui seul un spectacle non moins instructif.

L'histoire de Cromwell n'embrasse que quelques années, et son caractère en devient plus difficile à saisir. Produit sur le théâtre politique à une époque avancée de sa vie , qui fut courte , il semble apporter des talents tout développés , et qui n'attendaient que l'occasion de paraître. On peut croire qu'il les ignorait lui-même, et qu'il fallait une guerre civile pour l'en avertir.

On a recherché curieusement l'origine de Cromwell; elle parait ancienne et noble. Ses ancêtres, connus sous le nom de Williams , formaient une branche d'une illustre famille* du pays de Galles. L'un d'eux épousa la sœur du lord Cromwell , qui fut nommé comte d'Essex par Henri IV. Un fils , issu de ce mariage, et fait chevalier par Henri VIII, reçut de ce prince le nom de Cromwell, en gardant les armes de fa famille Wffliams. Ce^chevalier Cromwell, à l'époque de la suppression des monastères, obtint toutes les terres des couvents dans le comté de Huntîngdon. Son fils Henri Cromwell fut dussî nommé chevalier par la reine Elisabeth. Il habitait, à la campagne, une terre auparavant occupée par des religieuses , genre de propriété qui devait entretenir , dans la fàtnille des possesseurs , un zèle ardent pour la réforme. Henri Cromwell eut plusieurs enfants. L'aîné, qui, le premier, porta le nom d'Olivier, jouissait d'une grande fortune , et célébra l'avènement de Jacques î"* au tr6ne par une fête dont la magnificence attestait à la fois ses richesses et son dévouement à la famille des Stuarts. Son frère, Robert Cromwell, fut père du fameux Olivier.

Robert CromweU n'avait jamais quitté sa province. Il i/t-

« Memoifs of the protectoral-hoose of Cromwell by Mai* Wôblè, r. !, p. I.

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