LIVRE SECOND. 6S
tète d'une partie de la cavalerie royale , poussa vivement Falle gauche des ennemis , et la poursuivit jusqu'à la ville de Nazeby. Ireton fut blessé et fait prisonnier : mais , pendant que le prince Robert se laissait emporter par ce commencement de victoire, à l'autre extrémité , Cromwell ayant battu la cavalerie royale qui lui faisait face , s'arrêta , et revint au centre du combat, où le général Fairfax se soutenait avec désavantage. Gromwell , à la tête de ses dragons victorieux , fondit sur l'infanterie royale , et la mit dans un tel désordre , qu'aucun secours ne pouvait plus lui rendre la victoire.
Charles 1% après avoir longtemps combattu , rejoignit le corps de réserve qui se trouvait réduit à l'inaction , étant privé des troupes que le prince Robert avait entraînées dans une poursuite inutile; c'était la seconde bataille perdue par une faute semblable. Lorsque le prince reparut enfin , le roi voulut , en réunissant cette cavalerie à son corps de ré* serve, faire un dernier effort contre l'ennemi qui avait achevé de vaincre. II donna l'exemple , il poussa son cheval; mais cette troupe, peu ralliée , refusa de le suivre. On rap* porte que, dans ce moment, un seigneur écossais, effrayé du danger personnel où s'exposait le monarque , ayant détourné la bride du cheval , ce mouvement , mal interprété, devint le signal d'une déroute qui entraîna tout.
L'armée parlementaire, qui n'avait éprouvé qu'une perte très faible, fit cinq mille prisonniers, s'empara derartillerie et des bagages du roi, ainsi que de beaucoup de dames qui suivaient l'armée. On enleva même une cassette qui remfermaît des papiers secrets, dont la publicité* devint un moyen de faire soupçonner la bonne foi du monarque dans les négociations, que naguère encore il entretenait avec les commissaires du parlement.
> Ludlow*8 memoirs, v. I , p. 167.
Celte victoire, si fatale au trAne^ fat le résnltat de la ré^ forme militaire, et surtout de la forte et pieuse discipline que rinfiuence de Gromwell répandait chaque jour dans la nouvelle armée. Cest la remarque de Glarendon : les troupes du roi \ lors même qu'elles avaient l'avantage , se ralliaient avec peine. La première armée parlementaire, sous Essex et sous Waller, avait également montré plus de valeur que de constance et de discipline; tandis que les troupes de Fairfax et de Cromwell , victorieuses ou repoussées , gardaient ou reprenaient leurs rangs avec une opiniâtre régularité, et combattaient comme un seul homme, suivant l'expression de l'Écriture, qui s'applique si naturellement à ces courageux sectaires.
Un hasard heureux a fait retrouver l'original de la lettre ' écrite par Gromwell à l'orateur du parlement, le soir même de cette grande journée ; il parle beaucoup de cette protection divine dont se vantent toujours les vainqueurs ; mais il en parle avec une force d'expression religieuse qui caractérise particulièrement son siècle, et avec cette adresse politique qu'il savait y mêler : «c Je me sens, dit*il, person- <r nellement obligé de vous annoncer le coup de main que <c Dieu vient de nous donner. La main de Dieu a seule « éclaté ; à lui seul appartient cette gloire , dans laquelle «( nous n'avons rien à partager avec lui. Le général vous a u servi avec honneur et fidélité ; et le plus grand éloge que » je puis lui donner, c'est de dire qu'il rapporte tout à Dieu^ n et qu'il aimerait mieux périr que de rien s'attribuer à luiu même; et cependant pour la bravoure, on peut lui accoru der, dans cette circonstance , tout ce qu'il est possible » d'accorder à un homme. »
Après avoir ainsi enveloppé et fait disparaître la gloire de Fairfax dans cette grande reconnaissance pour Dieu ,
' CIarendon'8 history, p. 430.
' Retrouvée par Horace Walpole, en 175).