‹ Histoire de CromwellChapitre 31 sur 222 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

l'habile fanatique fait pressentir, par les dernières expressions de sa lettre, la puissance du parti des Indépendants, dont il devenait chaque jour le chef plus visible et plus accrédité.

II les désignait ici sous le nom â! homme bien pensant, comme il les appelait ailleurs les saints, les élus, ou simplement* les honnêtes gens f toutes dénominations incertaines, et flexibles dans la langue des factions.

« Les hommes bien pensant, dit-il en finissant, vous ont «c loyalement servi : ils sont remplis de confiance ; je vous « conjure, au nom de Dieu, de ne pas les décourager. Je « désire que cette action puisse produire la reconnaissance «c et l'humilité dans le cœur de tous ceux qui y sont inté- Il ressés. Je désire que celui qui hasarde sa vie pour la li- « berté de son pays , puisse . se confier en Dieu pour la «( liberté de sa conscience, et en vous pour cette liberté « civile au nom de laquelle il combat. )»

Une lettre de Fairfax au parlement, datée du lendemain de la bataille, ne renferme que des détails militaires, des éloges sur la conduite du major Skippon et de quelques autres officiers, sans aucune mention de Cromv^ell. Le même esprit religieux s'y fait sentir» Le général exprime le vœu , que l'honneur de cette grande et immortelle miséricorde puisse être rendu à Dieu, dans un jour extraordinaire d'actions de grâces.

Le 16 juin, le jour même où la nouvelle de cette victoire parvint au parlement, la chambre des communes^ continua l'exception en faveur du lieutenant-général Gromwell, sans époque déterminée. Elle lui assignait aussi le traitement de son grade, à dater du jour du renouvellement de l'armée; mais la chambre des pairs le reporta seulement à l'expiration des quarante jours qui avaient d'abord été accordés à

« The parliamentary hiatory . v. XVII , p. 27,0. »76ttf.,v. XlII,p.508.

68 HISTOIRE DE GROMWELL.

GromweU, et restreignit à trois mois la prorogation dé son commandement. Ces minutietti détails font connaître au moins l'espèce de défiance et d'opposition qne rencontrait la grandeur de Cromwell. On, se consolait en gênant par des formalités et des chicanes celui que sa fortune et son parti entraînaient si vite et si loin. Les bons républicains croyaient sauver Tesprit de la loi, en la violant chaque fois par une exception temporaire. Depuis cette époque, Cromwcil obtint encore trois prorogations successives; ensuite, il n*en parla plus , et il devint trop puissant pour que per-^ sonne s'avisât d'en parler.

Cependant, depuis sa défaite, le roi, de ftiite en fuite, avait gagné le pays de Galles, au Ueu de se retirer vers un corps de troupes qui, sous les ordres de Gorlng, assiégeait la ville de Taunton , et qui , en se réunissant aux débris de la journée de Nazeby, aurait pu former une armée considérable. [1645.] Fairfax, après avoir repris la ville de Leicester, dernière conquête du roi, marcha contre. Goring, et le força d'abandonner le siège de Taunton. Le général roya^ liste voulut éviter le combat et se replier sur Bridge-Water. Il était protégé par'une rivière, dont il gardait les passages. ' Après avoir tenu un conseil de guerre dont le résultat fkt de donner la bataille, si on pouvait y forcer l'ennemi, Fafr- ' fax le fit attaquer à la fois sur deux points, et remporta une victoire complète, pour laquelle le parlement ordonna un jour solennel d'actions de grâces. Goring fut blessé, perdit beaucoup d'ofBciers , et sa meilleure cavalerie. La prise de Bridge-Water suivit de près. Cette place bien munie se rendit après avoir soutenu plusieurs assauts. Un riche butin, envoyé par Fairfax au parlement, fut vendu, et l'argent remis à Fairfax , avec ordre de le distribuer aux soldats. Le parlement se trouva maître d'une ligne de places fortes qui

' Memoirs of Denzil lord HoUes, p. 35.

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