‹ Histoire de CromwellChapitre 5 sur 222 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

¥ait du produit d*une brasserie quli faisait valoir dans la petite Tille de Huntingdon. €omme l'Angleterre n'avait pas alors sur le commerce les idées qu'ont amenées la civilisation et la Ifcerté , cette industrie fut souvent objectée au Protecteur comme une injure , et comme une preuve de la bassesse de sa naissance. Sans discuter des généalogies fort insignifiantes, lorsqu'il s'agit d*un homme célèbre, et fort inutiles à ceux qui ne le sont pas , la distinction de la famille de Cromwell est assex prouvée par le titre de parenté , qui l'unissait au chevalier Hampden et au comte de Warvrick. Olivier Cromwell naquit à Huntingdon , le 25 avril 1599 (vieux style). Il était le second fils d'une famille de dix enfants; ses frères moururent dans leur enfance; trois de ses sœurs furent mariées à des hommes célèbres dans la révolution , et qui tous votèrent la mort de Charles. Sa première éducation ne fut pas négligée. Il étudia d'abord à l'école de Huntingdon, sous un docteur puritain, qui, malgré l'austérité de sa secte , composait des pièces de théâtre • et en faisait jouer à ses élèves. Dans l'un de ces drames allégoriques et pédantesques , intitulé le Combat de la langue et des cinq sens y Cromwell , enfant , fut chargé d'un rôle principal ', et représenta le toucher auquel le mensonge venait offrir une couronne. Les minutieux annalistes n'ont pas manqué de raconter dans la suite l'impression prophétique que cette scène avait faite sur son àme. Suivant une autre anecdote, pendant son séjour à l'école, étant seul dans sa chambre , il crut apercevoir un fantôme qui lui annonçait sa future grandeur. Il aimait , dans les jours de sa puissance, à raconter cette vision, alors fort approuvée, mais dont la confidence prématurée lui avait d'abord valu quel-^ ques châtiments , et qui ne prouve d'ailleurs que le travail d'une imagination enflammée par la jeunesse et la solitude.

' Memoirs of the protectoral-house by Mark Noble, v. I, p. 251.

A seize ans il entra dans le collège de Sidney-Sussex , à Cambridge. II parait qu'une ardeur naturelle le portait aux exercices violents, et que ses premières inclinations annon* çaient cet esprit guerrier qu'il ne mit en action que dans l'âge de la maturité. Il acquit cependant quelque connaissance du latin , et le goût des études thèologiques. Après la mort de son père , sa mère l'ayant rappelé près d'elle, l'envoya à Londres suivre une école de jurisprudence. Une certaine impétuosité de caractère et de tempérament ne lui laissa pas de temps pour l'étude , et le précipita dans les plus honteux écarts. On a remarqué, dans la jeunesse de plusieurs hommes célèbres , ce besoin d'occuper d'abord par des vices une activité d'âme qui, plus tard , s'exerce par de grandes entreprises. Quelques écrivains ont insisté sur ces détails. Ils ont donné à Gromwell des mœurs licencieuses et féroces , et en ont fait une espèce de spadassin, qui était la terreur de la ville de Huntingdon. Dans une lettre adressée, avant la révolution, à son cousin Saint- John , qui, comme lui, devait y jouer un grand rôle, Cromwell parait faire l'aveu de ses premiers égarements ; mais il est assez difficile d'assigner ce que l'humilité mystique du temps laisse de véritable dans les reproches que Gromwell converti s'adressait à lui-même. «Vous savez, dit-il \ quelle K a été ma manière de vivre. Hélas ! je vivais et je me plai- «( sais dans les ténèbres ; je haïssais la lumière ; j'étais un « grand pécheur, un chef de pécheurs. Oui , je haïssais la « piété; cependant Dieu m'a fait miséricorde.»

Un fond d'inquiétude et de mélancolie ardente ne permettait pas à Gromwell de suivre longtemps une vie oisive et désordonnée. A son retour de Londres , après avoir, scandalisé la petite ville de Huntingdon par ses excès , il changea tout à coup , rompit avec ses sociétés de débauche , fré-

* TTarvoick's memoirs, p. 249.

Thurloê'i State papers , v. I, p. 1.

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