LIVRE SECOND
meneurs ; et personne ne réponda it de ee qui se faisait au nom de l'armée. Dans ce désordre, un simple cornette nommé Joyce , suivi de cinq cents cavaliers , parut devant Holdenby, et demanda qu'on lui ouvrit les portes au milieu de la nuit. Il ajouta pour toute explication , qu'il avait affaire au roi et voulait lui parler. Le commandant parlementaire essaya vainement de repousser cette visite imprévue. Les soldats, reconnaissant leurs camarades, se hâtèrent d'ouvrir les portes pour fraterniser ^ Joyce, après avoir mis des sentinelles à la chambre des commissaires du parlement, monta brusquement chez le roi. On eut de la peine à lui persuader d'attendre jusqu'au jour.
Introduit le matin près du roi, il lui dit qu'il avait ordre de l'emmener. Le roi demanda les commissaires du parlement. Joyce répondit, qu'ils n'avaient autre chose à faire que de s'en retourner. Le roi insista pour voir un ordre, Joyce le conduisit à une fenêtre , et lui montrant sa troupe rangée dans la cour du château : « Voici mes instructions, » dit-il. Le roi répondit en riant, qu'elles étaient fort nettes et fort expressives ; et il se résolut à partir. Fairfax apprit cette nouvelle par une lettre de Joyce : il en parut surpris et mécontent. Il semblait d'abord que cet événement, l'un des plus décisifs de la révolution, avait eu lieu sans ordre et par hasard. Mais, lorsque l'on voit que cette entreprise inattendue se rapporte avec le moment où Gromi^ell quitta Londres , il n'est pas difficile d'en deviner l'auteur. Joyce lui-même déclara, qu'étant à Londres, il en avait reçu l'ordre de Cromwell *; et Cromwell, en arrivant à l'armée, annonça que si cette mesure n'avait pas été prise, le parlement aurait fait enlever le roi. Cependant Fairfax avait envoyé deux régiments ' et le colonel Whalley, pour
■ Whitelocke^s memorials , p. 253.
* Memoirs of Denzil lord HoUes ., p. 96.
' ^hort memorials of jgfeneral Fairfax^ p. 113, 117.
arrêter cette violence, et pour engager le roi et les oom* missaires à retourner à Holdenby. Le roi refusa. Fairto réertTit au:i| communes, en protestant devant Dieu qu'il n'avait pris aucune part à l'action de Joyce. Dans les Mémoires particuliers qu'il a laissés, Fairfax parle encore de ce refus singulier du roi, et il ajoute que Charles lui dit à lui-même : « Monsieur le général , j'ai dans l'armée autant de crédit que vous. » Faudrait^il supposer que ce prince ae fût aveuglé sur sa nouvelle captivité, et que le prix quVrn mettait i la possession de sa personne lui ait paru tenir à l'kiée qu'on avait de sa puissance? Il est certain que, par oe ressouvenir de grandeur dont ne peuvent se défaire h$ rois malheureux, Charles, voj^nt la désunion du parlement; et de farmée , se persuada qu'il serait tûentôt invoqaé par les deux partis comme médiateur, et qu'il r^endralt aussi tout son pouvoir. Fairlhx \ ayant voulu traduire /oyoe au oonseil de guerre, sentit sa propre faiblesse, et vit,qii« tous les officiers , par collusion ou par crainte, secondaient l'audace des agitateurs et de leurs chefs.
Ce qui détruisit l'autorité de Fairfiix, ce n(^ ftit pas seolo** ment l'ascendant et l'habîieté de Cromwdl, mais la tranK peuse prétention qu'avait eue le général de maintenir Fé^nhlibre ei^re V Indépendance ttU Presbyténlanisme ? im^»^ tialité ohmérique qui le réduisit à llîmpuisfianee^ «t lui et éprouver la plus tionteuse néoesslté pour un ^lef de parti : icelle de penser avec les uns , d'agir avec les antres, 4e servir d'instrument à des passions qu'il ne partageait pas, et de détruire la cause qu'il aimait.
Dans ses Mémoires (intéressants, parce qu'ils rei^r-ment les aveux naïfs d'un honnête homme et d'un sauvais politique , et qu'ils montrent bien à quels rôles misérddM sont exposés ceux qui entrent dans les révolutions , avec un
* Short memorialsolseiieralFairâiXfP.tlKK.