LIVRE SECOND. f
caractère au-dessous de leur talent et de leur ambition), Fairfax se plaint <c de l'abominable hypocrisie et de la four- «berie de quelques hommes qui, d'ailleurs, avaient con- « couru à rbeureuse issue de la guerre. » On n'hésitera point à reconnaître, sous ces traits, Ireton et Cromwell; et lorsque Fairfax ajoute : «< Ici l'honneur de l'armée se « tourne en honte ; ici le pouvoir de l'armée, autrefois daqs « me» mains, fut usurpé par les agitateurs^ ayant-cou- « reurs de la confusion et de l'anarchie , » on voit dans ce peu de mots l'explication de toutes les condescendances où fut amené Fairfax , sous le joug d'une démocratie militaire et fanatique , conduite par Ireton et Gromwell.
Cependant le parlement, à qui l'enlèvement du Roi rêvé* lait toute l'audace du parti militaire , tenta de donner à l'armée des satisfactions nouvelles. On vota que les soldats re* cevraiei^t une paie ^ d'officiers ; on vota de nouveau que la déclaration du 30 mars , contre la pétition de l'armée , serait effacée des registres.
L'armée, dans uue réunion à Newmarket, avait déclaré insuffisantes les premiers votes que le parlement avait por^ tés en sa faveur. Elle marcha vers Londres , et s'avança jusqu'à Saint-Albans. A ce bruit, le parlement ordonna des levées de troupes dans Londres; il cherchait en méim temps à diviser l'armée par des faveurs nouvelles, promisses aux soldats qui s'engageraient pour l'expédition d'Jplande. Mais l'armée, réunie par l'esprit de secte et de corps, ne répondit à ces faibles efforts que par des prétentions cha* que jour plus menaçantes. Au lieu de se borner, à ses intérêts personnels , elle entra dans la réforme de l'ordre poli^ tique, et demanda particulièrement l'expulsion de onze membres ' des communes, qu'elle accusa de haute trahison.
* The Parliamentary history, v. XV, p. 597.
• The Parliamentary history, v. XV, p. 470.— Memoir» of Deniil lord Holles, p. 115.
88 HISTOIRE DE CROHWELL.
Ces actes d'accusation , et tous les écrits qui furent produits au nom de Tarmée , étaient composés sous les yeux de Cromwell, par Ireton, auquel, l'année précédente [1647], il avait donné sa fille en mariage, et que son courage et l'appui d'une telle alliance avaient élevé au grade de commissaire général de l'armée. Ireton était à la fois homme de guerre et de cabinet; et quelques études de jurisprudence lui donnaient une grande facilité pour rédiger, d'une manière forte et subtile , les demandes impérieuses de l'armée. Le colonel Lambert , que la guerre civile avait également tiré de la profession du barreau , concourait au même travail. Les griefe de l'armée avaient d'ailleurs toute l'absurdité que permet l'esprit de révolution. On accusait les onze députés d'avoir favorisé le roi, à l'époque des premières conférences d'Uxbridge , et d'envoyer maintenant des subsides à la reine; mais le crime de Holles et de Stapleton, les plus distingués d'entre eux , c'était leur résistance courageuse aux envahissements de l'armée et à l'ambition de Cromwell. Ce général , chaque jour plus puissant, dirigea la haine de l'armée sur ses ennemis personnels ou sur ceux qui méritaient de l'être. Ainsi Maynard, qui avait défendu Cromwell contre Holles et Stapleton, fut proscrit avec eux. La chambre résista plusieurs mois avant d'abandonner ses membres accusés; elle ne céda qu'aux dernières menaces, et ^ déguisa leur exil sous la forme d'un congé provisoire. C'est encore un caractère de la révolution anglaise, et une conséquence remarquable des vieilles traditions de liberté, que ce respect pour le nom de parlement, qui, dans la chute de la constitution , dans la double fureur des factions et des sectes, dans les violences de l'armée, dans les épurations arbitraires de la chambre des communes, dans la suppression de la chambre des lords , ne permit ee-
' The Parliameotary hislory, v. XVI , p. 161.