LIVRE SECOND
pendant la condamnation ni le supplice d'aucun député, d'aucun pair,* si l'on excepte ceux qui , prisonniers sur le champ de bataille, périrent par une vengeance odieuse, mais avec une sorte de légalité, non pour leur dissentiment, mais pour leur révolte.
Cependant le conseil commun et le peuple de Londres étaient opposés aux concessions du parlement. Dans les pays peu accoutumés à I^mpire des lois , les armées entraînent et dominent le peuple. Mais en Angleterre , où la liberté avait anciennement racine dans les cœurs, le peuple de ](iOndres avait tout tenté pour ne pas être subjugué par l'armée. Ce zèle se manifesta par des émeutes qui embarrassèrent le parlement. Le peuple , s'étant porté à Westminster, demanda violemment le rappel des onze membrea. Les apprentis et les jeunes gens de Londres présentèrent des pétitions appuyées de menaces. Les chambres s'ajournèrent. Dans l'iQtervalle, les deux orateurs, et près de cent députés de la secte indépendante, effrayés de ces violences, ou les prenant pour prétexte , sortirent de Londres , et se retirèrent au camp de Fairfax. Cette fuite avait été ménagée par l'influence d'Ireton , et les intrigues du jurisconsulte Saint- John, que sa présence continuelle à la chambre mettait à portée de servir toutes les intentions deCromwell. Les Presbytériens, qui reprenaient ainsi la majorité, votèrent le rappel * des membres proscrits , et ordonnèrent des levées de troupes pour se défendre contre Tarmée. L'arrivée des transfuges du parlement fut pour l'armée un sujet de triomphe, et une justification de toutes ses violences. II lui sembla que, maltresse de la personne du roi, et donnant asyle au parlement , elle avait dans sa main tous les pouvoirs légitimes.
Le roi, depuis son enlèvement de Holdenby, trouvait
' Memoirs of Denzil lord HoUes, p. 157.
dans Tarmée plus de liberté , d'égards et d'honneurs qu'A n'en avait reçu des commissaires du parlement. Les soldats même lui montraient une sorte de respect; et les thefs de Y Indépendance étaient trop habiles pour ne pas employer ce moyen d'illusion. Gromwell avait d'abord affecté beaucoup de réserve. Dans un de ses premiers entretiens avec Charles \ Une s'avança pas pour lui baiser la main, et il répondit avec froideur à l'aifabilité et aux politesses touchantes de ce malheureux prince. II laissa même entendre que , s'il le voyait souvent , il craindrait de se rendre suspect aux deux chambres. Mais bientôt il changea de langage, devint assidu prés du roi, l'entoura d'officiers dévoués à sa politiliue, et alla jusqu'à lui offrir l'appui des troupes contre le parlement, ajoutant, pour dissiper les doutes de Charles , que l'armée n'était pas composée de sol* dats du parlement, mais de citoyens.
Tout ce manège avait pour but de prévenir la réunion du roi et des Presbytériens , qui auraient préféré le rétablissement de l'autorité royale à la domination des Indépendants. On ne peut expliquer la crédulité de Charles , que par l'adresse et les parjures de Cromwell , qui lui promettait de le replacer sur son trône , tandis que , dans ses confidences familières, il se vantait d'avoir le Roi sous Ba main y et le parlement dans sa poche.
La reine d'Angleterre, qui , retirée en France après de si riobles efforts, suivait d'un œil inquiet la fortune de Charles, instruite de son séjour au milieu de l'armée, partagea les espérances que lui-même avait conçues , et fit partir quelques personnes pour l'aider dans les négociations qu'elle prévoyait. Cromwell intercepta pour ainsi dire ces messa- , ges *. [1647.] A peine Sir John Berkley, envoyé par la reine, èut-illè pied en Angleterre, qu'il fut environné d'émissai-
' Clarendon^s history, p. 501.
» Ludiow's memoirs, v. ï , p. 196.