LIVRE SECOND
teê de la i^ecte indépendante , et trompé par des lettres où Cromwell se représentait à lui comme un ami, de la royauté \ invaincu que c'était une entreprise criminelle et impossible de vouloir introduire un gouvernement populaire, en dépit du roi, de la noblesse, du peuple , des Presbytériens et du génie de la nation , accoutumée depuis si longtemps à la monarchie. Il faisait en même pressentir à Berkley que les Indépendants ne pouvaient plus avoir d'autre intérêt que le rétablissement du trône; et il le prenait à témoin de son zèle, et invoquait sa recommandation pour obtenir l'estime de la reine.
Cromwell, maître de toutes les issues qui conduisaient au roi, persuada sans peine à Berkley qa'il croyèiit que la vie et la propriété de personne n'étaient à l'abri , tant que le roi n'aurait pas son pouvoir légitime. Le parlement, qui , par méfiance de l'armée , essayait de se réunir au roi , avait permis à ce prince, par un vote solennel, de voir ses enfents. Cromwell, témoin de cette entrevue, en parlait à Berkley comme du plus touchant de tous les spectacles ; il versait des larmes à ce souvenir, affectant d'avouer qu'il s'était bien trompé dans son opinion défavorable sur le roi; que c'était * le cœur le plttâ droit, et Vkomme k plus ooniciencieUûs des trois royaumes ; que les Indépendants lui devaient beaucoup de reconnaissance pour n'avoir pas accepté les propositions du parlement , lorqu'il était dans le camp des Écossais. Le roi; qui recevait à la fois des adresses du parlement et de l'armée, se crut puissant parce qu'il était flatté par deux partis rivaux ^. Il se persuada plus que jamais qu'il pourrait être le conciliateur, et redevenir le maître de ceux qui cependant ne se disputaient la , puissance , que parce qu'il n'en avait plus lui-même. Dans
' Ludlow^s memoirs , v. I , p. 196.
» Ihid., p. 199.
> lUd,, p. 196.
9St fflSTOIRE DE CROMWELL.
cette intention , il écoutait toutes les oflres ; il recherchait tous les services ; il voulut même emprunter l'appui de ces agitateurs qui, après avoir servi les desseins de Cromwell, craignaient qu'il ne fit un traité pour son compte, et sans consulter leur intérêt.
Cromwell affectait de hâter les conditions d'un accord entre le roi et l'armée. Il voyait tous les jours les confidents du roi ; il se plaignait de la lenteur d'Ireton à conclure le traité, et il répétait en même temps que les intentions favorables de l'armée pouvaient changer tout à cpup. On ne peut nier qu'alors l'armée ne fit au roi des conditions plus avantageuses que celles du parlement ; mais, soit que ce prince comptât sur le secours des Presbytériens, qui devaient lui inspirer moins d'aversion que les Indépendants , soit qu'il fut trompé par de perfides conseils, il rejeta brusquement les propositions de l'armée ; et dans ses refus, laissa paraître la confiance que lui inspiraient les divisions du parti vainqueur ^ » Vous ne pouvez riei^ sans moi, dit-il; « TOUS tomberez si je ne vous soutiens. »
Quelles que fussent les espérances que Charles eût fondées sur la désunion du parlement et de l'armée, elles ne pouvaient durer plus longtemps que la lutte inégale de ces deux pouvoirs. Les émeutes populaires de Londres, et la fuite d'un grand nombre de membres du parlement, donnaient à l'armée le prétexte d'une violence. Fairfax marcha sur Londres, et vint rétablir par la force l'indépendance du parlement. Les membres fugitifs signèrent une déclaration de l'armée, pour annuler tous les actes parlementaires passés depuis le 26 juillet ; puis , ils entrèrent avec l'armée , qui les conduisit à Westminster ^, et les remit en possession de leurs sièges. Cromwell commandait l'arrière-garde. Dans cette odieuse invasion, chaque soldat portait une branche
■ LudIow*8 memoirs, v. I , p. 210.
» Memoirs of Denzil lord Holles , p. 156.