‹ Histoire de CromwellChapitre 6 sur 222 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

quenta les églises^ se rapprocha des personnes de piété. Sa modique fortune s'étant augmentée de six cents livres sterlings léguées par un de ses oncles , il épousa Elisabeth Bouchier, héritière d'une famille estimée dans le comté, et se retira à la campagne pour y vivre d'une manière simple et religieuse.

Il y aurait peu de vraisemblance à lui supposer dès lors un plan d'hypocrisie. Toutes les têtes anglaises étaient possédées de querelles théologiques , la réforme avait jeté dans l'Angleterre une fureur de discussion qui ne pouvait se reposer qu'après avoir tout changé. La doctrine introduite par Henri YIII, et maintenue si cruellement par Elisabeth, se subdivisait en diverses opinions ; mais la multiplicité deâ sectes produisait la sévérité des mœurs. Il y avait une émulation de rigorisme dans la conduite comme dans la doctrine : le caractère des habitants prétait à cette disposition une force nouvelle. L'Angleterre était peuplée d'une foule d'hommes austères et sombres qui déclamaient avec fureur contre le papisme , dont ils trouvaient toujours des vestiges trop nombreux dans la religion conservée par l'état. L'esprit de la réforme, qui laisse moins de différence entre le sacerdoce et les conditions civiles , avait introduit tout le monde dans la discussion des querelles ecclésiastiques. II sufSsait d'être fanatique pour prêcher. Les Puritains dominaient surtout par la prédication. Les Puritains, que l'on pouvait appeler les démocrates du christianisme, n'étaient eux-mêmes que les hommes les plus violents de la secte presbytérienne. Cette secte nombreuse repoussait l'autorité des évêques, sur laquelle Henri VIII avait fondé son établissement religieux, et elle réclamait l'égalité des prêtres et la liberté des doctrines.

La religion est tellement liée à nos états modernes, qu'elle n'a jamais éprouvé de changement qui n'ait produit quelques troubles politiques. Lorsque Henri VIII renversa

le catholicisme, il préparait une révolution; el^ c'est une chose remarquable, que ce prince ait afFaibU la monarchie par Tacte qui montrait le mieux la puissance de sa volonté personnelle. LesStuarts d'Ecosse, portés au tr6ne d'Angle* terre , devaient recueillir les troubles semés par Henri YIII, et qui n'avaient osé paraître sous le régne absolu d*l^isabetb.

Bossuet a peint avec son immortelle éloquence, leffroyahk débordement de mille sentes bizarres enfan^ tées par la réforme. Ramenant tout à Fîdée dont il est préoccupé , il voit dans Fbérésie de Henri YIII la seule cause de la révolution d'Angleterre. Sans doute on doit aussi faire la part de cet esprit de liberté , ^, nourri par les vieilles lois de l'Angleterre, poussait toujours ses racines au pied du trône; mais fl est vrai qu'il fâdiait, à cette époque, qu'une opinion religieuse vint au secoure des sentiments de liberté. Il peut venir un temps oA le& esprits se passionneraient pour un intérêt poUtique^ avec toute la ferveur de l'enthousiasme ;. mais au temps é» Charles I''^ l'innovation politique avait besoin d'être consa-^ crée par l'innovation religieuse ; c'est ce qui fit sa force et ses excès. Quelques bons citoyens , qui protestèrent d's^erd contre les abus du règne de Charles P% passèrent dws les rangs des défenseurs de ce prince. Les sectaires furent in* corruptibles et implacables , parce qu'ils n'avaient pas seulement des droits à réclamer; ils avaient une opinion à faire triompher : succès difficile et lent , dont on n'est jamais sûr^ jusqu'à la ruine du parti contraire.

Les Puritains, dès l'origine, parurent animés de cette farouche intolérance qui devait les rendre funestes à la nu> narchie. Yoici le discours que le premier apâtre du puritanisme adressait aux Écossais , à l'époque de la reine Marie: « J'affirmerai que les gentilshommes, les juges, et le peu- V pie d'Angleterre, devaient non seulement résister à Marie,, il leur reine, cette autre Jézabel, dès lors qu'elle com^

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