‹ Histoire de CromwellChapitre 50 sur 222 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

contre k monarchie , en s'appuyant surtout de deux versets tirés du 1*' livre de Samuel. Ils opinèrent qu'il fallait, après avoir demandé compte au roi du sang versé dans la guerre, établir une équitable république fondée sur. le consentement du peuple et qui garantirait les droits et les libertés de chacun. Gromwell affecta de rester irrésolu, non pas fhute de conviction *, dit Ludlow, qui s'imagine ingénument que Cromwell ne pouvait résister à l'évidence de ses arguments républicains. Après avoir surpris dans cette conférence le secret des opinions et des vœux de chacuh, en évitant de s'expliquer lui-même, Cromwell rompit l'assemblée par une bouffonnerie , genre de diversion qu'il employait assez volontiers dans les plus sérieuses affaires. En se levant pour sortir, il prit un coussin et le jeta brusquement à la tête de Ludlow, qui lui renvoya la même plaisanterie. Le lendemain , à la chambre des communes, passant à côté de Ludlow, il lui dit, par allusion au projet de république, qu'il était convaincu que la chose était désirable , mais non pas qu'elle fût faisable. Cromwell ménageait d'autant plus l'esprit de démocratie, que le parti royaliste se ranimait et s'accroissait chaque jour, et que la guerre avec l'Ecosse semblait inévitable. Dans cette intention , il fit de nouvelles avances à Ludlow, qui ne put s'empêcher de lui dire , qu'il savait bien cajoler les Républicains quand il avait besoin d'eux. Cromwell en fureur répondit qne les Républicains étaient des orgueilleux, et n'avaient de puissance que dans leur imagination. Ces paroles altières , et la réplique modérée ' que fit Ludlow montrent assez

« Memoirs of Lndlow, v. I, p. 259.

* I told him, it was not new thing to hear tnith calumniated, and that though tbe-commonw.ealth-men were fallen under his displecuure^ I would tuke tiie liberty to tay, Ihat they had always been and ever would be considérable , where there was not a total défection from honesty, generosity, and ail true virtue, wfaich I hoped was not yet our case. Memoirs ofEdmund XtiiUoti7,v.I,p.S41.

la domination de Gromwell. Cet homme préparait déjà , par ses mépris , l'esclavage des Républicains , dont il avait encore besoin pour immoler le roi.

Malgré l'usurpation violente de l'armée , et les résolutions funestes qu'elle avait dictées au parlement , les Presbytériens reprenaient quelque pouvoir dans la chambre des communes. Gromwell les ménageait encore. Il fit nommer commissaire du sceau , Whitelocke qui tenait à ce parti, mais dont il connaissait la craintive modération. D'autres Presbytériens plus redoutables , ceux même que l'armée avait frappés d'exclusion , rentrèrent dans la chambre. Holles quitta sa retraite , et reparut avec les mêmes opinions et le même courage. Une juste animosité lui fit provoquer Ireton au milieu de l'assemblée. La chambre intervint, et leur défendit un duel ^, que , suivant d'autres récits, Ireton refusa par scrupule de cobscience.

Cependant le zèle des partisans du trône semblait rallumé de toutes parts. Les anciens royalistes , poursuivis et flétris sous le nom de cavaliers, conspiraient ouvertement contre une paix , qui n'était poun eux qu'une odieuse oppression. Beaucoup d'officiers parlementaires réformés, et devenus royalistes pour avoir occasion de reprendre les armes, agitaient le peuple dans les comtés. Plusieurs forteresses s'étaient révoltées au nom du roi. De nombreux pétitionnaires venaient assiéger la porte du parlement , et réclamaient un traité avec le roi. La ville de Londres , accablée d'impôts et fatiguée du séjour des gens de guerre , lui était favorable. La classe nombreuse des apprentis de la cité , se montrait surtout fort zélée pour l'infortune de ce prince ; et l'ardeur de ces jeunes gens amena plusieurs scènes sanglantes, qui redoublèrent l'horreur des habitants de la ville pour la tyrannie de l'armée. [1648.] Quelques con-

■ LufUow's mcttioîrs , v. î , p. ^i.

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