LIVRE TROISIÈME
temporaîns ont accusé Cromwell d'avoir préparé lui-même des émeutes , qu'il réprima du moins avec beaucoup de barbarie. Un grand nombre déjeunes apprentis, sans autre arme que des bâtons et des pierres , attaquèrent quelques soldats qui avaient dispersé une de leurs réunions. Cromwell ^, à la tête de plusieurs compagnies de dragons, les fit charger impitoyablement, et leur tua beaucoup de monde.
Dans ces nouveaux périls , le parlement choisit un comité extraordinaire de six lords et de seize députés , parmi lesquels figurait Cromwell. Ce général dominait tous les esprits, sans inspirer de confiance à personne. Sa dissimulation était connue, et elle imposait encore.. Ludiow rapporte qu'à cette époque, Cromwell, se promenant avec lui dans le palais., feignit un profond découragement, et déplora son malheur d'avoir attiré sur sa tête la haine de la plus grande partie de la nation, par zèle pour la cause qu'il croyait juste, et en même temps de s'être rendu suspect aux hommes qui s'étaient engagés comme lui dans cette cause. Ces paroles sont un aveu non équivoque de la popularité qui s'attachait alors à l'infortune du roi. La réforme des abus avait été le vœu de l'Angleterre ; le renversement du trône n'était plus que le crime de quelques hommes. Ludiow, toujours républicain de bonne foi, s'efforça de ranimer la langueur apparente de Cromwell , et lui rappela , qu'il ne pouvait ramener à lui ses ennemis que par une trahison déshonorante , et pour des promesses de fortune et de grandeur * qu'on ne lui tiendrait pas , tandis que , restant fidèle à ses amis , il écarterait tous les soupçons et tous les ombrages.
Le renouvellement de la guerre vint tirer Cromwell d'em barras , et lui rendit sa supériorité naturelle. Le premier
* Cromwell bimself animated the tropers to shoot and splt them , and to spare neitherïnan , man , woman , nor child. Walker's Mstory oflndependency, p. 84.
* LudIow*8 memoirs , v. I , p. S46.
soulèvement royaliste éclata dans le pays de Galles. [1648.] Le major-général Langhorn ^ échappé des prisons du par* lement, s'était sauvé dans cette province , et se mit à la tête d'une réunion qui fut^ bientôt une armée. Le comté de Surrey et le comté de Kent formèrent également des associa-^ tions royalistes ; et lord Goring , toujours vaincu , mais brave et fidèle, avait reparu pour en reprendre le commam dément. Les provinces du nord partageaient le même esprit de résistance au pouvoir du parlement et de l'armée. Les cavaliers étaient ranimés , enhardis , et ils paraissaient avoir en leur faveur le mécontentement de cette masse du peuple , qui ne sent que le poids des impôts, et qui ne pou* vait en accuser que l'autorité du parlement.
Ainsi la guerre civile renaissait toute entière ; mais elle avait plus d'apparence que de force. L'éloignement et la captivité du roi enlevaient aux royalistes l'ardeur dont ils furent animés dans la première guerre , et qui cependant ne leur donna point la victoire. L'élite de la noblesse avait péri , ou s'était exilée sur le continent ; tant de désastres semblaient avoir frappé d'un malheureux augure tous les efforts des amis du trône. Dans le parti de la révolution se trouvaient l'habitude du succès , de nouveaux talents développés dans la guerre, de nouvelles fortunes empressées à se défendre, enfin, le pouvoir acquis et toutes les armes du pouvoir.
L'insurrection du pays de Galles fut réprimée, avant môme l'arrivée de Cromwell. Il trouva l'armée de Langhorn défaite et dispersée par deux régiments que le parlement avait envoyés dès la première nouvelle de ces troubles , et qui furent magnifiquement récompensés de leur victoire. Cromwell s'occupa d'anéantir les restes du parti royaliste, en assiégeant les places qui leur servaient de refuge. La plus importante était celle de Pembroke , dans le comté de ce nom. Le major Langhorn s'y était jeté avec deux autres