LIVRE TROISIÈME
une supériorité qui rendait la réconciliation sans, mérite. Les Républicains, qui ne pouvaient se défendre de soupçonner étrangement Gromwell, craignaient cependant pardessus tout le triomphe du roi. Ce fut alors qu'un officier presbytérien, qui avait été major du régiment de Gromwell, et qui s]était démis de son emploi, l'accusa, dans un écrit présenté aux chambres ^ , d'une longue suite d'intrigues , pour s'élever aux dépens du parlement, du peuple et du roi. Cet officier exposait comment Gromwell , envoyé pour préparer le licenciement de l'armée , avait au contraire excité la désobéissance des soldats ; commment il avait fait enlever le roi, de Holdenby; comment il avait flatté ce prince de l'espoir d'un traité favorable ; comment il avait encouragé les niveleurs qu'il paraissait réprimer , et abusé de la confiance du roi, pour lui conseiller une fuite nouvelle. Il rappelait les maximes souvent énoncées par Gromwell : Qu'il était légitime de passer par toutes les formes de gouver- Tiement, pour a/rriver au but des honnêtes gens; qu'il était légitimée de trom^per ceuœ qui trompent; que l'intérêt des honnêtes gens était l'intérêt du royaume, Gette révélation tardive ne fut pas même discutée ; et quoiqu'elle eilt été transmise par les lords , l'orateur des communes la supprima. Les Écossais entraient dans le royaume ; et , aux yeux de tous les partis, Grqmwell devenait trop nécessaire pour être coupable. Ludiovtr ^ nous dit, qu'opposé depuis longtemps aux démarches arbitraires du lieutenant-général, il lui écrivit en cette occasion pour l'assurer d'un fidèle secours, et lui recommander la défense de l'intérêt public. La rapide succession du péril fit ainsi triompher Gromwell de la défiance des Républicains, en dépit d'eux-mêmes. Ils lï'eurent jamais le temps de se passer de lui. Il savait d'ailleurs , suivant l'occasion, calmer leurs inquiétudes, et il se
' The Parliamentary history, v. XVII, p. 260. * Ludlow*8 memoirs, t. I, p. 253.
fiisait tout pardonner, en servant leur première passion , k baine de la monarchie. A c6té de ces grossiers niveleurs , qu'il avait si hardiment frappés, il distinguait quelques esprits chimériques et élevés , dont il flattait Tenthousiasme* Il les assurait qu'il n'avait pas d'autre idée que d'accomplir leurs projets d'indépendance et de parfeite égalité. C'est ainsi qu'il persuadait Sydney, qu'il séduisait Harrington^ qu'il combattait la juste défiance du colonel Hutchinson : trop souvent les âmes généreuses sont la proie des ambitieuz habiles. Il trompait plus, facilement encore d'autres officiers non moins ignorants que fanatiques. A son départ de Londres, pour aller combattre l'armée d'Hamilton, il fut reconduit hors des murs de la ville par plusieurs chefs des niveleurs , qui prirent congé de lui , convaincus de son zèle et de sa bonne foi. Il est vrai ^ que, derrière eux, ve* nait une voiture remplie d'ecclésiastiques presbytériens, qui ne se retirèrent pas moins charmés de son accueil et de ses pieuses intentions.
C'était sans doute ulie singulière vicissitude , que cette troisième invasion des Écossais , pour rétablir la monarchie qu'ils ébranlèrent les premiers, et qu'Us avaient frappée d'un coup mortel, en livrant la personne du roi. Ce n'était plus à la vérité le parti presbytérien qui la dirigeait. Les Royalistes écossais, puissants par les malheurs du roi, qui justifiaient leurs prédictions, s'étaient emparés de la con-> duite des afl^aires; et, devenus exclusifs en proportion de leur autorité , ils repoussaient les partisans du covenanty et manifestaient le vœu de rétablir la monarchie sans res<* trictions politiques ou religieuses. Montross, leur chef, était absent, et faisait la guerre en Irlande, où il s'était ré* fugié depuis sa défaite. Mais Hamilton, que le roi avait soupçonné et persécuté , Hamilton , presbytérien tnodéré ,
' Memoîrs of the life of colonel Hutchinson, written by his widow, y. Il, p. 129.